20/11/2007

Emploi • Un candidat turc chez le juge après un e-mail « sans détour » ...

« Pouvez-vous écarter cette personne ? Un étranger qui vend de la sécurité, je n’en ai encore jamais vu. » Le mail interne de Euro-Lock qui est aussi arrivé chez Murat Calisan, aura une suite.

Thomas Blommaert
17-01-2007

D'après Euro-Lock, « on n’a encore jamais vu un étranger vendre de la sécurité ». (Photo archives)


Novembre dernier. Murat Calisan (34) « le sent bien » quand, d’un clic de souris, il envoie son CV chez Euro-Lock, une firme de Flandre orientale spécialisée dans la sécurité incendie et effraction. Calisan postule pour le poste de technicien-vendeur. Pas illogique, quand on a travaillé des années comme représentant et vendeur et qu’en plus on en connaît un bout en sécurité.

Hélas, trois fois hélas. Dès le lendemain, la firme lui envoie un mail : il « n’est pas la bonne personne ». Calisan hausse les épaules, informe sa compagne belge — la mère de ses deux enfants — et pense qu’il aura plus de chance une prochaine fois. Mais il descend jusqu’en bas de l’écran et voit un mail interne, adressé à une secrétaire : « Pouvez-vous écarter cette personne ? Un étranger qui vend de la sécurité, je n’ai encore jamais vu. »

Choqué, Calisan s’adresse à son syndicat, la LBC1, et au Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR). « J’étais tellement énervé que j’en pleurais », dit-il. Fin novembre, l’affaire est dans la presse. Entre-temps, Calisan et le CECLR décident de traîner Euro-Lock devant le tribunal du travail.

« Il arrive rarement que nous tombions sur des exemples tellement flagrants » nous dit le directeur du CECLR Jozef De Witte. « Hélas, devrais-je presque dire. Car j’ai la forte impression que nous avons ici le sommet de l’iceberg. C’est par erreur que ce mail interne est arrivé à l’extérieur, mais je peux m’imaginer que ce genre de mail circule plus souvent. Ne me comprenez pas mal : je ne souhaite à personne de recevoir ce genre de courrier hypocrite. Mais dans un certain sens, cette affaire est un cadeau. »

Cadeau

Dans ce procès, le CECLR et Calisan veulent faire constater au tribunal du travail qu’il s’agit de discrimination sur base de la nationalité et/ou de l’origine ethnique. « Certaines choses doivent être appelées par leur nom », remarque De Witte. « Car vous et moi pouvons trouver que c’est de la discrimination, mais nous voulons un arrêt du juge. » En plus, le CECLR exige une interdiction pour Euro-Lock de continuer à travailler de cette façon. « Imaginez que la firme demain ou après rédige une nouvelle offre d’emploi. L’employeur devra prouver qu’il engage sur base des capacités d’un candidat. Pas sur base de son origine ou de sa nationalité. » Si le juge donne raison à Murat Calisan (qui est depuis responsable commercial dans une autre société), Euro-Lock devra aussi lui verser un dédommagement.

La façon de faire d’Euro-Lock rappelle celle de la firme de portes basculantes Feryn, qui avait fait la une en 2005 parce qu’elle ne voulait pas embaucher de travailleurs d’origine marocaine. Ici aussi sous le prétexte que « le client n’en voulait pas ». De Witte n’a aucune compréhension pour ce raisonnement. « Certains Flamands ont du mal avec les gens d’origine étrangère, mais il y en a beaucoup plus qui n’ont aucun problème avec ces gens. En plus, la loi dit clairement qu’un employeur ne peut jamais se réclamer de l’avis des clients pour refuser des travailleurs. »

1 Syndicat chrétien néerlandophone des employés

L’action paye : H&M rompt avec euro-Lock

La plate-forme interculturelle Kif Kif a demandé à plusieurs gros clients d’Euro-Lock s’ils étaient d’accord avec la position de l’entrepreneur et s’ils avaient réagi. « Kif Kif a entrepris cette action parce que plusieurs entreprises ont par le passé mené des campagnes sur le commerce équitable et l’entreprise socialement responsable ou ont déclaré mener une politique interne de diversité », dit un communiqué. Résultat ? H&M a suspendu toute collaboration jusqu’à ce que l’entreprise apporte des preuves tangibles qu’elle mène une politique antidiscrimination. Delhaize, C&A et H&M exigent le retrait immédiat de leur logo du site internet d’Euro-Lock.

 

20:37 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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