03/12/2007

Démocratie • Plus d’ouvriers au Parlement ?

Il faudrait plus d’ouvriers au Parlement, affirme Vande Lanotte, président du SP.a. Le monde du travail n’y est plus représenté, confirme la ministre Onkelinx. Sûr : notre graphique montre combien la Chambre des Représentants est peu... représentative de la population. Mais cela suffit-il ?

Marco Van Hees, Gaston Van Dyck
07-02-2007

La composition de la Chambre

Pourcentage selon la profession d’origine (Entre parenthèses : pourcentage de la profession dans la population)

 

PROFESSIONS SUPERIEURES
54 %
Avocats
22 % (0,3 %)
Chefs d’entreprise
7 % (0,7 %)
Médecins, pharmaciens, dentistes
6 % (0,7 %)
Bourgmestres, échevins, ex-ministres...
15 % (0,1 %)
Cadres
4 % (6 %)
EMPLOYES PRIVE & PUBLIC
44 %
Enseignants
16 % (2,5 %)
Employés
17 % (17 %)
Fonctionnaires
11 % (3 %)
Ouvriers

 

1 % (14 %)
Etudiants
1 % (4 %)

Notre graphique montre à quel point le Parlement (ici la Chambre) est peu représentatif de la population. Exemple le plus frappant : un député sur cinq est ou a été avocat (22 %). Dans la population, ils ne sont que... 0,3 %. D’une manière générale, plus de la moitié des députés exercent ou exerçaient des professions supérieures. Par contre, il n’y a que 1 % d’ouvriers, alors qu’ils sont 14 % dans la population. La population non active (pensionnés, invalides, chômeurs...) ne se retrouve pas non plus au Parlement. Même écart pour les études suivies : trois quarts des députés ont un diplôme universitaire, alors qu’ils ne sont que 12 % dans la population.

 

 

 

 

« Ce qui importe surtout, c’est la vision politique que l’on a »

Nadia Moscufo, élue PTB à Herstal, travaille comme caissière chez Aldi et est déléguée syndicale. Que pense-t-elle de l’idée de Vande Lanotte et Onkelinx...

Avoir des ouvriers au Parlement, ce serait une bonne chose, non ?

Nadia Moscufo. Je comprends que les dirigeants socialistes aient besoin de redorer leur blason. Quand on voit par exemple le Pacte des générations [attaque des prépensions], on constate qu’ils ont accepté une logique heurtant de front ce que vivent les travailleurs...

 

Justement, si les socialistes avaient des élus ouvriers au Parlement, peut-être leur politique serait-elle différente...

Nadia Moscufo. Croire que parce qu’il y a des travailleurs au Parlement, la politique répondra aux besoins des travailleurs, j’ai un doute... Je crois que cela dépend surtout de la vision politique que l’on a. Chaque fois que les socialistes mènent une politique antisociale, ils disent qu’ils n’ont pas pu faire autrement. C’est la faute des flamands, la faute des libéraux, la faute de l’Europe...

Dans l’histoire, quand les socialistes ont pris position en faveur des travailleurs, cela n’a jamais été de leur initiative. C’était soit parce qu’il y avait de grands mouvements sociaux dans la rue, soit – pour prendre le cas de l’Italie, dont mon père m’a beaucoup parlé – parce que le parti communiste était assez fort que pour mettre la pression.

 

Parmi les quinze élus communaux du PTB, il y a dix médecins (salariés), un employé, un ouvrier de la chimie, une caissière, une aide-soignate et femme au foyer. Commentaire ?

Nadia Moscufo. Au PTB, on veut devenir le grand parti des travailleurs. Mais nous ne le sommes pas encore. N’oublions pas que le parti est né dans les révoltes étudiantes. Les travailleurs doivent être partie intégrante du PTB. Nous faisons la politique pas seulement pour les travailleurs, mais aussi avec les travailleurs.

« Mieux vaut un du PTB que dix du SP.a »

Johan Clabau, facteur et ex-président SP.a du Westhoek (Flandre occidentale) est passé au PTB après le Pacte des générations.

Que penser de l’appel de Vande Lanotte ?

Johan Clabau. Imaginez qu’après l’appel, les travailleurs arrivent au Parlement via le SP.a. Cela ne change rien au programme de ce parti. Il s’est déshabitué de faire quelque chose contre les multinationales et il emboîte le pas dans la logique de la modération salariale. On ne change pas ça en ralliant quelques travailleurs.

Bien des membres de la FGTB ont encore une carte de membre du SP.a, souvent avec les intentions les meilleures. Mais quand ils ont mené des actions contre le Pacte des générations, le SP.a a surtout essayé de stigmatiser les pionniers de cette lutte. C’est également ce qu’il a fait quand les travailleurs des Forges de Clabecq ou de Renault se sont battus pour leurs emplois et, plus récemment, ceux de VW.

Ce n’est pas Vande Lanotte qui va me convaincre. Pour cela, son parti va bien trop loin dans les privatisations. Je travaille à La Poste et là, il y a Georoute, la fermeture des bureaux, le démantèlement du statut...

 

Quelle importance y a-t-il à ce que les travailleurs reçoivent une représentation au Parlement ?

Johan Clabau. Une très grande importance. Mais alors, il faut des gens qui soient vraiment à leurs côtés. C’est pourquoi un travailleur du PTB au Parlement aurait bien plus de valeur que dix du SP.a. J’ai travaillé pendant 25 ans pour le SP.a mais, à la longue, je ne pouvais plus accepter qu’on ne nous écoute jamais.

J’ai pu voir que le PTB fait vraiment ce qu’il annonce. Il a eu beaucoup de nouveaux membres après la lutte contre le Pacte des générations. Le PTB est en plein renouveau, je suis convaincu qu’il a tout ce qu’il faut pour devenir un véritable parti ouvrier.

Le SP.a promet n’importe quoi, mais ce qu’il fait au gouvernement n’a rien à voir avec ses promesses. C’est pourquoi il perd tant de ses membres ouvriers. Ce n’est pas Vande Lanotte qui va arrêter ça...

18:42 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.