03/12/2007

Schizophrénie • Appelons-le... Elio

Un schizophrène ne doit pas être emprisonné, mais soigné, défend le journaliste Michel Collon dans cette lettre ouverte au président du PS, Elio Di Rupo.

07-02-2007

Monsieur Di Rupo,

Je vous écris pour vous demander de faire cesser au plus vite ce scandale : un jeune schizophrène de trente ans est emprisonné à Mons depuis quatre mois au lieu d’être soigné. Ceci met sa vie en danger et aggrave les souffrances déjà épouvantables de ses parents.

Vous me direz peut-être : « Adressez-vous à la ministre de la Justice » ? Eh bien, le problème, c’est qu’elle ne répond jamais. Alors, espérant que vous n’avez pas perdu, vous, la clé de votre boîte aux lettres, je vous demande d’intervenir au plus vite auprès de votre collègue, car il y a urgence.

Ce jeune homme est le fils de deux Montois d’origine italienne, Giacomina et Pietro. Leur fils s’appelle... En fait, me disent ses parents, « quand notre fils sera libéré, peut-être qu’il n’aimera pas voir son nom étalé partout ». Alors, donnons-lui un nom d’emprunt, comme on fait parfois dans les journaux. Appelons-le... « Elio ». N’y voyez aucune ironie de ma part, je veux juste souligner que cette maladie frappe ou frappera une personne sur cent.

Moi aussi, je pensais que « ça n’arrive qu’aux autres ». Mais j’ai changé d’avis quand ma propre fille, Marie, a été atteinte de schizophrénie. Elle a vécu plusieurs années terribles avant de mettre fin à ses souffrances. Elle avait 27 ans. C’était il y a un an et demi.

Un schizophrène n’est pas un délinquant, c’est juste un malade. Il est victime d’une sorte d’hypersensibilité. Son cerveau fonctionne « trop vite, trop fort ». Du coup, il « perçoit » des sons, des images, des sensations qu’il a du mal à interpréter. Ceci le plonge dans l’angoisse. Et il commence à construire des interprétations, des théories délirantes permettant de « justifier » ce que les autres, forcément, ne perçoivent pas. Et comme ses proches nient sa « réalité », le malade sombre dans la paranoïa.

C’est exactement ce qui est arrivé au jeune « Elio ». Sa maladie est apparue à l’âge de 18 ans, et depuis lors, sa vie est fichue, et ses parents aussi vivent un enfer. Alors, pourquoi, bon sang, le jeune « Elio » a-t-il été emprisonné le 21 septembre ? Suite à une altercation verbale – je souligne : verbale – avec un médecin de l’institut psychiatrique où il se trouvait à sa propre demande. Dans un moment de colère contre des injections répétées de médicaments abrutissants, il a déclaré « Je vais te tuer » à ce médecin. Mais tous les schizos disent des choses comme ça, je l’ai moi-même entendu plusieurs fois dans la bouche de ma pauvre fille.

La seule place qui convienne à un schizophrène, c’est un foyer où il sera entouré de l’affection rassurante des siens. Ou alors, dans les périodes de crises aiguës, dans un institut spécialisé et compétent. Mais il apparaît qu’en Belgique, ces institutions manquent de place, car elles manquent de subsides. En 1998, notre pays a été condamné par la Cour européenne de Strasbourg pour avoir détenu en prison une personne qui aurait dû être soignée dans un établissement spécialisé.

Visité en prison par sa mère, le jeune « Elio » l’a quittée en lui disant : « Prie pour moi, Maman, car ou bien je vais au paradis ou bien je vais en enfer. » Les suicides sont hélas fréquents chez les schizophrènes. Soyons clairs : laisser « Elio » en prison, c’est le condamner à mort.

Il est temps que la Belgique apporte un peu d’humanité dans sa « Justice ». Prenez vos responsabilités, s’il vous plaît !

Michel Collon

18:37 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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