06/12/2007

Enseignement • Libre choix de l’école… ou droit à un enseignement

La liberté du choix de l'école menacée ? Certains parents d’élèves ont lancé une pétition contre la mesure d'Arena, la ministre de l’Enseignement, prévoyant l’encadrement des inscriptions dans les écoles. Débat.

Pierre Charles
14-02-2007

La ministre Arena veut, entre autres, obliger les écoles à inscrire les élèves dans l’ordre où ils se présentent, pour éviter l’arbitraire. Le libre choix de l’école est-il en danger ? (Photo archives)


La mesure Arena en quelques mots ? Elle consiste à inscrire chaque élève du primaire à partir d’une date fixe et à obliger d’inscrire les élèves dans l’ordre des arrivées (pour empêcher des choix arbitraires). L’élève est tenu de rester dans l’école au moins deux ans – le temps d’un cycle scolaire : autrement dit, il n’a pas la possibilité de changer après la première primaire ou sa cinquième par exemple. Des dérogations sont possibles.

La mesure vise clairement les écoles qui choisissent les élèves sur base de leurs prestations scolaires ou de la situation financière des parents.

En Belgique, l’article 24 de la Constitution prévoit la liberté de choix d’école pour les élèves ou leurs parents. Nulle part en Europe, hormis aux Pays-Bas et en Autriche, cette liberté n’est aussi absolue et intouchable en apparence que dans notre pays. Il y a toutefois de bons arguments pour faire sauter ce tabou. Et, en ce sens, la ministre a posé un vrai problème.

Nico Hirtt, spécialiste de l’enseignement et porte-parole de l’association Appel pour une école démocratique (APED), dit qu’une enquête internationale révèle que tant notre enseignement flamand que francophone ont de mauvais résultats sur le plan de l’égalité sociale. « À peu près la moitié des écoles belges sont des ghettos de riches ou des ghettos de pauvres. Il y en a, proportionnellement, deux fois moins dans un pays comme la Finlande, par exemple. Qui plus est, les écarts de résultats, en math ou en lecture, entre ces écoles dites “d’élite” et ces écoles dites “poubelles” sont huit fois plus élevés chez nous qu’en Finlande1. » Qu’est-ce qui fait la différence entre la Belgique et la Finlande ?

En Belgique, il y a la scission prématurée (dès 12 ans) ainsi qu’une sélection selon la hiérarchie des formes d’enseignement (ESG, ETG, ou EPG – enseignement secondaire, technique ou professionnel général) et les directions et branches d’études. En Finlande, il y a une formation de base commune, la même pour tous durant 10 ans.

Secundo, contrairement à la Finlande, notre enseignement fonctionne presque comme un « libre marché », emballé, il est vrai, dans « la liberté de choix de l’école ». Selon Nico Hirtt, dans la pratique, seul un nombre restreint de parents nantis et bien formés profitent de cette prétendue liberté de choix. Mais beaucoup de parents n’ont pas le choix. Ils doivent courir d’une école à l’autre début septembre, quand les examens de passage sont terminés. Pour s’entendre dire des dizaines de fois : « Désolé, nous n’avons plus de place » ou « Votre enfant serait mieux ailleurs. »

L’APED est d’avis que la mesure d’Arena ne fait qu’égratigner la liberté de choix, sans rien modifier fondamentalement. Et propose une alternative.

« Nous proposons d’assurer à chaque élève une place prioritaire (jusqu’à une date limite, par exemple, la mi-août) dans une école qui lui est attribuée en fonction de trois critères : proximité géographique, diversité sociale et regroupement familial », affirme Nico Hirtt. « Une telle disposition implique la fusion des réseaux existants en un réseau unique, forcément public et non confessionnel. »

 

1 Carte blanche dans Le Soir du 9 février 2007

10:19 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.