11/12/2007

Riches • L’Europe des 25... paradis fiscaux ...

Instinctivement, on associe les paradis fiscaux aux palmiers des îles tropicales. On en compte pourtant 25 en Europe. Dont la bandante Belgique.

Marco Van Hees
21-02-2007

Une étude de l’OCDE1 a dressé la liste des paradis fiscaux. Elle en recense 72 dans le monde, dont 25 en Europe. De petits états comme Monaco, le Lichtenstein ou Andorre. De petites îles, comme Aurigny, Guernesey, Jersey, l’île de Man ou Madère (située au large du Maroc mais appartenant au Portugal). Il y a aussi des villes (Campione, Trieste, Londres, Dublin, Francfort), un gros rocher anglais sur la côte espagnole (Gibraltar) ou encore une petite république russe, l’Inchourie.

La liste comprend enfin de « vrais » pays. À part la Suisse, ils sont tous membres de l’Union européenne : Hongrie, Malte, Luxembourg, Pays-Bas et Belgique. Oui, oui, notre gentil pays en est. Évidemment, le paradis n’est pas offert à l’ensemble de la population, vous êtes bien taxé pour le savoir. Mais les grosses fortunes et les multinationales n’apprécient pas que nos bières et nos frites.

Des bureaux spécialisés s’adressent par exemple aux riches Français qui veulent fuir l’impôt sur la fortune. La Belgique, qui ne connaît pas un tel impôt, est leur destination la plus prisée.

Autre spécialité belge : les gains réalisés en Bourse ne sont pas soumis à l’impôt. De plus, la Belgique est, avec le Luxembourg et l’Autriche, parmi les rares pays de l’Union européenne à refuser de collaborer aux échanges internationaux d’information fiscale sur les revenus financiers des non-résidents. Si on y ajoute que le secret bancaire est toujours bien gardé, on comprendra que les grosses fortunes se sentent bien chez nous.

Les multinationales aussi. Depuis 1982, elles peuvent échapper à l’impôt grâce aux centres de coordination. Faisant office de banque interne pour les filiales du groupe, ces centres paient de l’ordre de... 1 % d’impôt. L’Union européenne a signé leur arrêt de mort pour 2010, mais le gouvernement a déjà sorti la parade : les intérêts notionnels. Une déduction d’intérêt fictif dont peuvent profiter toutes les sociétés, mais en particulier celles qui ont des fonds importants.

Tellement alléchant qu’Euronext (fusion des Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Porto et Londres) vient de décider de transférer sa trésorerie dans notre pays.

 

1 Economist Intelligence Unit, OCDE, John Christensen et Mark Hampton, cité dans Taxez nous si vous le pouvez, www.taxjustice.net.

> Top

1. Aurigny (Alderney en anglais)*
2. Andorre
3. Belgique
4. Campione (Italie)
5. City de Londres (Royaume-Uni)
6. Chypre (Grèce)
7. Francfort (Allemagne)
8. Gibraltar (Royaume-Uni)
9. Guernesey*
10. Hongrie
11. Islande
12. Dublin (Irlande)
13. Ingouchie (Russie - hors de la carte)
14. Ile de Man*
15. Jersey*
16. Liechtenstein
17. Luxembourg
18. Madère (Portugal – hors de la carte)
19. Malte
20. Monaco
21. Pays-Bas
22. Sark*
23. Suisse
24. Trieste (Italie)
25. Chypre du Nord (Turquie)

* Ces îles sont des dépendances de la couronne britannique, mais ne font pas partie du Royaume Uni. 

- Cliquez sur la carte pour l'agrandir -

> Top

Les multinationales apprécient le climat belge

La Belgique n’est pas qu’un paradis fiscal. Il y a d’autres aspects qui plaisent aux grandes entreprises.

Il n’y a pas un jour sans que l’une ou l’autre organisation patronale belge, flamande ou wallonne se plaigne du manque de compétitivité, des charges des entreprises, des lourdeurs administratives ou de 36 000 autres choses. On comprend qu’elles aient besoin de se plaindre pour en exiger toujours davantage. Mais vu de l’étranger, on constate que les grandes entreprises sont plutôt choyées par l’état belge.

Ainsi, le site internet www.doingbusiness.org compare 175 pays selon dix critères qui déterminent si le climat est favorable aux entreprises. Des critères qui ont trait aux taxes, à la main-d’oeuvre, au droit des affaires, au crédit, à l’import-export, etc. Tous les pays sont cotés sur chacun des dix critères.

Pour comparer ce qui est comparable, nous avons examiné la Belgique par rapport à ses voisins : France, Pays-Bas, Allemagne. Vous savez, ces concurrents vis-à-vis desquels on ne serait pas assez compétitif, prétexte à bloquer nos salaires. Il se fait que la cote globale de la Belgique est meilleure (d’un point de vue patronal) que celle des trois autres. Pour six des dix critères, la Belgique occupe même la première ou deuxième place.

Elle est première, par exemple, pour le critère du travail, le marché belge de l’emploi étant jugé très peu rigide. Si on élargit à l’ensemble de l’Europe, seuls le Royaume-Uni et le Danemark font mieux pour ce critère. À part le « thatchéro-blairisme » du premier et la « flexsecurity » du second (lire notre dossier), les travailleurs belges seraient-ils les mieux exploités ?

L’ambassadeur américain, fan de Didier Reynders

Autre vision extérieure sur la Belgique, celle de l’ambassadeur des états-Unis à Bruxelles, Tom Korologos. Cet ancien homme d’affaires estime que le climat belge s’améliore pour le business. Et de pointer « l’introduction des intérêts notionnels, la signature d’un traité [belgo-américain] pour réduire les doubles impositions... L’industrie pharmaceutique se sent aussi mieux dans sa peau, même si elle pourrait encore être mieux traitée. Le climat pour l’investissement est relativement bon, mais les charges salariales sont trop élevées. »

Lorsqu’on le flatte à propos de l’influence qu’il aurait pour pousser l’état belge à faire des courbettes devant les multinationales, l’ambassadeur se lâche : « Il y a trois jours, j’ai justement organisé un petit-déjeuner d’affaires à ma résidence. Il y a avait des représentants de l’industrie pharmaceutique, de la chambre de commerce américaine, de l’industrie chimique et de bien d’autres grandes entreprises. Ils étaient tous très satisfaits de l’amélioration du climat belge envers les investissements. Maintenant, vous devez savoir que les entreprises américaines ne seront jamais satisfaites tant qu’elles n’auront pas obtenu tout ce qu’elles veulent : les impôts devraient encore quelque peu baisser. Et il faudrait faire quelque chose pour la rigidité du marché de l’emploi 1. »

Vous avez bien lu. Korologos ne confie pas seulement que ses amis et lui-même sont fans du gouvernement Verhofstadt, en particulier des inventions fiscales du ministre Reynders. Il dévoile aussi que plus les patrons en reçoivent, plus ils en veulent. On le devinait déjà, mais sorti de la bouche de l’ambassadeur de Coca-Cola, ça a une autre allure.

1 Mehdi Koocheki, « Interview met VS-Ambassadeur Tom C. Korologos », Kif Kif, 12-2-2007.

19:51 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.