14/12/2007

La Poste • L’Europe libéralise : les facteurs ne sonneront plus chez vous ...

Votre courrier distribué par une firme privée ? Ou plus du tout? Le risque est bien là, si le Conseil des ministres européens approuve la libéralisation totale du marché postal le 7 juin prochain.

Gérard Mugemangango
09-05-2007

En Suède, la libéralisation de la poste a fait grimper le prix du timbre de 70 %. La moitié des bureaux ont fermé. Si les ministres européens votent la directive de libéralisation totale le 7 juin, le scénario sera le même en Belgique. Il est encore possible de l’arrêter. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

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À partir du 1er janvier 2009, la distribution du « petit » courrier (les lettres normales), dernier domaine qui n’était pas encore libéralisé, sera totalement ouverte à la concurrence.

En Suède, pays montré en exemple par la Commission Européenne, la libéralisation est en cours depuis les années 90. Il y a eu, dans un premier temps, une multiplication des entreprises postales privées qui se faisaient concurrence. On en a compté jusqu’à 105 en 1997. Mais depuis 2002, il ne reste plus que l’opérateur historique (l’ex-poste suédoise) et un seul concurrent privé. Celui-ci ne se concentre que dans les zones rentables, ce qui a obligé l’opérateur historique à augmenter ses tarifs (le prix du timbre a bondi de 70 %) et à fermer la moitié de ses bureaux1. Adieu le service de proximité, accessible à tous.

Aux Pays-Bas, suite à la concurrence entre différents opérateurs, la TNT-Post (Poste hollandaise), va liquider 7 000 emplois. Alors que 9 000 emplois ont déjà disparu ces dernières années. Car ses concurrents privés « utilisent des indépendants qui sont de 3 à 4 fois moins chers que les postiers de TNT », justifie Bakker, directeur de TNT2. TNT fait aujourd’hui 17 % de bénéfices3. Mais, privatisé, il veut encore plus.

En Belgique, la libéralisation n’est encore que partielle. Mais déjà il y a de plus en plus de stress, de dépressions, et même de suicides, depuis l’application des nombreux plans Géoroute pour les facteurs, et Poststation pour les employés. Rappelez-vous aussi ce facteur de 50 ans, mort sur sa mobylette à Beauraing, après 10 h 30 de travail4.

Beaucoup de postiers font, chaque jour, des heures non déclarées, distribuent plus de poids avec moins de gens, poussés dans le dos par leur percepteur, leur chef direct à La Poste, et surtout par leurs managers, motivés par une prime liée à la hausse de la productivité des travailleurs.

La solidarité disparaît, quand il s’agit d’être le meilleur contractuel, dans l’espoir d’être engagé à durée indéterminée. Espoir souvent déçu, quand on sait que certains restent temporaires durant… des années, et que plus personne ne deviendra statutaire. Le salaire n’augmente presque pas, pendant que celui des managers explose. Résultat : des milliers d’emplois en moins, des centaines de bureaux qui ferment.

La Poste est un des deux plus grands employeurs du pays, elle représente plusieurs dizaines de milliers d’emplois. Déjà 15 % de ces emplois sont passés à la trappe. Et avec le projet de libéralisation totale, les exemples suédois et hollandais le montrent, il y aura encore plus de postiers licenciés et un service de moins bonne qualité pour la population.

1 Tribune CGSP Poste, décembre 2006 • 2 De Tijd, 4/04/07. • 3 De Tijd, 4/04/07. • 4 Communiqué CGSP Namur, 27/07/06

Mobilisation européenne

« La CGT travaille avec les organisations syndicales françaises et l’ensemble des syndicats européens à la réussite d’une mobilisation européenne lors du passage de cette Directive [...] au mois de juin au Parlement européen ».

« Les chances de l’Allemagne de parvenir, comme elle le souhaite, à un accord politique sur la libéralisation totale du marché postal d’ici juillet, semblent compromises » écrit Le Monde du 30 mars 2007, vu l’opposition existante, notamment en France.

Il serait dommage de ne pas répondre à cet appel de la CGT. Si les dockers ont pu arrêter une directive européenne dans leur secteur, les postiers peuvent aussi le faire.

Ralentir ou arrêter la libéralisation?

46 063 signatures à ce jour pour la pétition contre la libéralisation du marché postal en 2009. L’initiative prise par Hutchinson, député PS au Parlement européen, rencontre du succès.

Le PTB soutient cette pétition car elle veut arrêter la décision de libéralisation au niveau européen.

Mais la position du PS pose question. Le PS estime que la libéralisation ne peut pas être remise en cause. Il trouve qu’elle doit être plus progressive dans le temps, et qu’il est impossible de se tenir au calendrier proposé par la Commission européenne1.

Ralentir ne supprimera pas le choc de la libéralisation. L’accident sera dans un premier temps moins frontal, mais les séquelles seront aussi graves. En réalité, la privatisation de La Poste est en route depuis vingt ans. Elio Di Rupo parlait alors de « consolidation stratégique des entreprises publiques ». En 1999, c’est encore lui qui a signé l’arrêté royal ouvrant La Poste à la concurrence pour le courrier de plus de 350 grammes. En octobre 2005, le gouvernement belge, à participation socialiste, et La Poste ont conclu un « partenariat stratégique » avec Post Danmark et CVC Capital Partners, qui ont reçu la garantie dès 2008 d’un dividende annuel minimum de 10 millions d’euros.

La libéralisation totale, que le PS compte ralentir (pas arrêter), signifie que ce qui était un service garanti par la société ne dépendra plus désormais que de la Bourse. Que si la distribution du courrier n’est pas rentable dans certaines communes, elle ne se fera plus. Que malgré les subsides, les employeurs privés, contrairement aux employeurs publics, n’ont qu’un seul but : augmenter leurs bénéfices. Et dans un marché objectivement limité, cela ne peut se faire qu’en faisant souffrir plus le travailleur et en faisant payer plus l’usager.

Il est encore temps de stopper la libéralisation. En défendant non pas le report, mais l’abrogation définitive de ces directives européennes. Dans une démocratie, il doit être possible de remettre en question le bien-fondé de la présence de l’actionnariat privé au sein de La Poste, de même qu’il faudrait une plus grande implication des travailleurs dans la gestion même de La Poste.

1 Tribune CGSP Poste, décembre 2006

Propositions d’action PTB+

Maintien des petits bureaux de poste locaux. Pour une poste accessible et abordable.

  • Maintien des bureaux de poste locaux.
  • La poste doit rester un service public, accessible à tous et de qualité.
  • La mission d’un service public doit répondre aux besoins de tous les usagers, tant dans les régions rurales que dans les zones urbaines.
  • Un raccordement Internet dans chaque bureau de poste.
  • Des services postaux accessibles à tous, aussi aux moins nantis.
  • Davantage d’emplois qualifiés pour les postiers et garantie de service au public pour la totalité du territoire national.
  • Des rythmes de travail humains pour les postiers et postières, pour leur permettre de remplir pleinement leur fonction sociale.

 

Voir le programme complet du PTB+ sur www.ptb.be

14:29 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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