15/12/2007

Débat : Les excuses d’Electrabel et les réponses du PTB ...

Saint Nicolas a déposé un étrange cadeau dans les souliers du PTB. Deux directeurs d’Electrabel étaient présents à la soirée-débat sur le prix de l’énergie, organisée par le parti ce 6 décembre.

Mark Kennes
12-12-2007

Griet Heyvaert et Anne-Marie Godts, respectivement responsable des communications et responsable marketing chez Electrabel ont participé à un débat avec deux membres du PTB, Tom De Meester (spécialiste en énergie) et Jean-Marie Fretz (conseiller en énergie). Quelques répliques surprenantes.

 

Electrabel : « Nous ne pouvons vous garantir qu’il n’y aura plus de forte augmentation de prix. »

> Tom De Meester. Selon un rapport de la CREG (Commission de Régulation de l’Electricité et du Gaz), l’augmentation de 17 % pour le gaz, annoncée par Electrabel en juin dernier, sera réellement palpable sur les factures de 2008. Ce que vous aviez pourtant démenti dans un premier temps. Pour une famille moyenne, cela représente 172 euros de frais supplémentaires par an.

> Griet Heyvaert. Electrabel est soucieuse du prix élevé de l’énergie et reconnaît qu’il s’agit là d’un des plus importants problèmes sociaux du moment. Cette augmentation de prix est due au fait que les pays producteurs de gaz comme l’Algérie, la Russie et le Nigeria ont augmenté leurs tarifs.

> Tom De Meester. C’est faux. Le même rapport dit clairement que l’augmentation des tarifs internationaux est déjà comprise dans les tarifs appliqués par Electrabel. Quoi qu’il en soit, le rapport dit clairement que cette augmentation de prix est illicite. La majorité des recettes sera directement reversée aux actionnaires qui en 2006 avaient déjà encaissé un mégabénéfice de 2,3 milliards d’euros.

> Griet Heyvaert. Nous avons dû appliquer cette augmentation exceptionnelle suite à la rénovation des contrats avec nos fournisseurs de gaz. Des contrats que nous avons dû revoir à la hausse.

> Tom De Meester. Pourtant selon le rapport de la CREG, aucun de ces contrats n’a été revu à la hausse. Au contraire.

> Griet Heyvaert. Nous avons également dû faire face à des circonstances particulières. En prévision de la libéralisation du marché wallon et bruxellois en 2007, on nous a demandé en septembre 2006 de procéder à une première estimation des tarifs. Notre estimation était trop faible et nous avons dû la corriger par la suite.

> Tom De Meester. Cela veut-il dire qu’Electrabel n’appliquera plus jamais une aussi forte augmentation de prix à présent que la libéralisation est une réalité ?

> Griet Heyvaert. Ça je ne peux pas vous le garantir.

« Pourquoi Electrabel investit en Pologne et pas ici ? Simplement parce qu’elle pense pouvoir réaliser de plus gros bénéfices là-bas. »

> Tom De Meester. La libéralisation était censée faire chuter les prix. En réalité, c’est carrément le contraire qui s’est produit.

> Griet Heyvaert. Lorsque l’Union européenne a décidé fin des années 90 de libéraliser le marché de l’énergie, il existait un surplus d’électricité et de gaz. Dans de telles circonstances, un libre marché aurait dû entraîner une diminution des prix. Malheureusement, ce surplus n’existe plus aujourd’hui. Selon la CREG, la Belgique sera même confrontée à un manque de 4 000 mégawatts d’ici 2015.

> Tom De Meester. Ce déficit n’est pas le fond de l’affaire. C’est au contraire une conséquence de la libéralisation et du sous-investissement des grandes entreprises au niveau de la capacité de production, Electrabel en tête. Pourquoi Electrabel investit en Pologne et pas ici? Simplement parce qu’elle pense pouvoir réaliser de plus gros bénéfices là-bas. Les décisions prises ont pour but de maximiser les profits à court terme plutôt que de garantir l’approvisionnement à long terme.

> Griet Heyvaert. Avant la libéralisation, nous avions des plans qui s’étendaient sur 10 ans. La disparition de cette planification est une des causes du déficit. Nous avons dû réduire nos investissements car nous n’avons plus autant de garanties quant au nombre de clients. Mais vous ne pouvez pas nous reprocher de ne pas investir, car le monde politique nous demande de réduire notre part de marché pour favoriser une plus grande concurrence.

Chez Electrabel aussi certains pensent que l’ancien système était préférable. Peut-être que les prix auraient été moins élevés sans libéralisation mais l’Europe ne nous a pas laissé le choix.

> Jean-Marie Fretz. Vous expédiez vite les choses. N’oubliez pas que c’est monsieur Mestrallet, le grand patron de Suez, et d’autres grands patrons de multinationales qui ont poussé et appuyé la libéralisation du marché de l’énergie dès 1995 lors de la Table ronde des industriels européens (ERT). Et qui ensuite sont allés frapper à la porte de la Commission européenne pour libéraliser le marché. Et ils ont réussi.

> Griet Heyvaert. Mais qui suis-je donc pour contredire monsieur Mestrallet ...

PTB : « En France, les prix sont plus bas qu’ici car ils sont contrôlés »

> Anne-Marie Godts. Depuis la libéralisation, la chaîne de production est rompue. Electrabel n’est donc plus le seul à déterminer les prix. Mais je peux donner des conseils qui permettront à chacun de réduire sa consommation et donc sa facture.

> Jean-Marie Fretz. Ces conseils nous les connaissons déjà. Ce que nous aimerions savoir c’est ce qu’Electrabel a l’intention de faire pour diminuer nos factures ?

> Griet Heyvaert. Nous faisons de notre mieux. Les prix de l’électricité sont 24 % plus bas qu’aux Pays-Bas et 26 % qu’en Allemagne.

> Tom De Meester. Mais plus chers qu’en France... où il existe une entreprise publique (EDF) et un prix maximum pour l’énergie. Nous préconisons nous aussi l’introduction d’un tarif maximum. C’est tout à fait possible, grâce aux superprofits d’Electrabel, mais il est clair que cela se fera au détriment des actionnaires.

> Griet Heyvaert. Pour l’Union européenne, un prix maximum est inacceptable.

> Tom De Meester. Mais pour le consommateur c’est tout à fait acceptable. Ce qui est possible en France, l’est aussi chez nous. Nous préconisons en outre une taxe sur les profits qu’Electrabel tire injustement de ses centrales électriques qui en réalité ont été payées par la population. Actuellement, Electrabel paie moins d’1 % d’impôt sur son bénéfice total. Cela doit changer, cet argent doit servir à réduire les tarifs et financer les sources d’énergie renouvelables.

> Griet Heyvaert. Ces bénéfices sont un élément positif pour la Belgique puisqu’ils nous permettent d’investir et de créer de l’emploi. Depuis 2003, l’emploi dans le secteur de l’électricité et du gaz a augmenté de 10 %. Electrabel et sa maison mère Suez continueront au cours des prochaines années à engager des centaines de personnes. Les centrales ont par ailleurs permis de stabiliser les prix en Belgique. Dans les autres pays, la hausse est beaucoup plus rapide ! Le patron de NUON a déclaré il y a deux jours que les prix étaient trop bas chez nous, que nos tarifs le désolaient.

> Tom De Meester. Ce sont surtout les consommateurs qu’ils désolent. Bref, il ressort clairement de cette discussion que le secteur énergétique doit redevenir un service public.

11:17 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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