15/12/2007

« Les pires conséquences du réchauffement climatique sont pour les plus démunis » ...

8 décembre :: Manifestation pour le climat à Bruxelles

Plus de 3 000 personnes sont descendues dans la rue pour le climat. La première manifestation « climatique » en son genre. Quelques voix importantes parmi les personnes présentes ont donné une première évaluation.

Thierry Warmoes
12-12-2007

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La grève du rail a posé quelques problèmes aux organisateurs : pas mal de groupes sont restés scotchés sur l’un ou l’autre quai de gare. Mais, malgré cela et la pluie incessante, la Belgique a fait entendre sa voix, au moment où les Nations unies discutaient du climat à Bali.

Samedi a donc été une journée historique pour le mouvement pour l’environnement de notre pays. Bien qu’un très grand nombre de personnes s’inquiètent pour l’environnement, on n’assiste jamais à une large mobilisation pour des actions ou des manifestations. Mais, sous la devise « Unité dans la diversité », ce samedi a vu défiler des dizaines d’organisations réclamant une véritable politique climatique. Des organisations pour l’environnement et la nature comme 11.11.11, Oxfam Magasins du monde et Entraide&Fraternité. Les bio-agriculteurs de VELT et de Nature & Progrès. Les végétariens d’EVA. Les Equipes populaires, composante du Mouvement ouvrier chrétien. Mais aussi et surtout d’importantes délégations des trois syndicats FGTB, CSC et CGSLB. La très large mobilisation exprime l’inquiétude croissante que suscite le changement climatique dans toutes les couches de la société.

Partant de divers angles d’incidence et préoccupations, c’est une voix pourtant unanime qui soutenait la revendication principale : faites quelque chose pour sauver le climat. Tout aussi unanime était la condamnation de la politique gouvernementale. Parmi les partis politiques, nous avons vu Groen!, Ecolo, Spirit, le PTB, la LCR,… À l’exception d’Animo (les jeunes du SP.a), les grandes formations politiques – socialistes, démocrates-chrétiens et libéraux – brillaient par leur absence. Pourtant, lors des dernières élections, ils avaient la bouche pleine de l’environnement.

« Faire baisser de 30 % la facture d’énergie des familles et des entreprises »

Els Keytsman, auteur du « Livre du climat » et responsable de « People for Earth ». C’est super. Plus de 3 000 personnes malgré la grève des trains et le mauvais temps. Agréable de voir que l’ambiance est très bonne. Malgré la pluie, je vois de nombreux visages réjouis. Je suis très contente de la coalition pour le climat et de l’appel pour le climat. De même, la présence des syndicats est très bien. Ils comprennent qu’on peut créer des emplois, autour de l’environnement. 

Les entreprises sortent leurs machines à calculer et planchent sur l’avenir sans pétrole. Aux politiques, maintenant… J’attends d’eux qu’ils mènent enfin une politique climatique sociale. Un gouvernement qui opte pour le climat, c’est très bon pour l’économie. Si on ne fait rien, l’économie en pâtira. Qu’est-ce qu’un gouvernement pourrait faire de mieux que réduire la facture d’énergie des ménages et des entreprises de 30 %, tout en créant des milliers d’emplois ? Le ministre de l’Environnement, Bruno Tobback, est à Bali. Mais quelle politique peut-il présenter ? Via les normes de production, il aurait pu faire en sorte que tous les appareils électriques soient économes avec l’énergie, qu’on ne trouve plus d’ampoules électriques sur le marché, etc. Mais, de tout cela, il n’a rien réalisé. Les gens ici attendent du prochain gouvernement qu’il montre qu’il prend la direction des opérations.

« Le climat est un thème qui unit francophones et néerlandophones »

Gérard Jadoul, président d’Inter-Environnement Wallonie. La mobilisation est très correcte. à côté des environnementalistes, il y a des gens du mouvement Nord-Sud, les syndicats,... C’est très significatif. Le sujet est fédérateur: il unit flamands et francophones.

Le message est clairement politique: les mesures proposées sont insuffisantes. Le climat est un enjeu qui peut se traduire en opportunité : il faut arrêter d’opposer climat et économie. Des pays comme l’Allemagne et la Suède ont relevé le défi. Aujourd’hui leurs secteurs du logement, de l’isolation, de l’énergie douce ont le vent en poupe.

Ce que je pense de l’accord du gouvernement orange bleue? Si c’est l’ancien accord c’est nul, rien. Ça manque totalement d’audace, ils ne proposent que des solutions homéopathiques. Ça ne répond pas aux demandes des gens qui placent le climat en tête de leurs préoccupations.

« Nous défendons aussi les générations futures »

Eddy Van Lancker, secrétaire national de la FGTB. Nous, en tant que FGTB, nous participons aux initiatives concernant le climat. Nous soutenons financièrement, avec des moyens, avec des gens. En tant que mouvement syndical, nous défendons les intérêts des travailleurs, mais aussi ceux des générations qui viendront après nous. Aujourd’hui, la priorité est plutôt écologique qu’économique. Naguère, c’était le contraire et nous ne pensions qu’en fonction de l’économie et de l’emploi. Aujourd’hui, nous tentons de concilier les deux et de mener un débat nuancé. L’écologie est pour une vision à long terme, ce qui n’est pas toujours le cas pour l’économie, qui va avec des hauts et des bas.

Nous voulons également éviter que l’écologique devienne un des critères de concurrence, que l’industrie déménage vers les pays où les réglementations environnementales sont moins sévères. L’achat d’air pur à l’étranger ne doit être toléré qu’en partie. En première instance, c’est ici qu’il convient d’assainir. Mais la tâche s’adresse au monde entier et non à un pays seul.

« Celui qui a du mal à payer sa facture d’énergie n’a pas d’argent pour isoler sa maison »

Jean-Pierre De Leener, collaborateur de 11.11.11 sur les questions climatiques. Avec le changement climatique, partout où il faisait humide, il va encore faire plus humide et, partout où il fait sec, il va encore faire plus sec. Dans les deux cas, les retombées les plus graves seront pour les plus démunis, parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se défendre. Les Pays-Bas dépensent des centaines de millions d’euros pour rehausser leurs digues. C’est un multiple de ce que les pays du Nord engagent en fonds pour aider le tiers monde à s’adapter aux conséquences du changement climatique. Les pays du Nord doivent apporter cette aide, car ce sont eux les responsables.

Il est urgent aujourd’hui d’opérer un transfert technologique qui permettra au tiers monde de se développer de façon adéquate. Des mesures sont également nécessaires contre la déforestation. Et cela demande donc beaucoup d’argent.

Cette manifestation est très importante parce qu’elle met l’accent sur la solidarité. Toute cette histoire concernant l’énergie ne concerne pas que le climat, mais également l’économie. Si l’énergie devient plus chère, ce seront les pauvres qui seront les dupes, tant dans le Nord que dans le Sud. Ils peuvent jouer un rôle dans cette affaire du climat, mais il faut alors leur en donner les possibilités. Dans le Nord, c’est exactement pareil. Celui qui a du mal à joindre les deux bouts pour payer sa facture d’énergie n’a pas d’argent pour isoler sa maison.

19:34 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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