17/12/2007

Salaires :: En deux ans, chaque salarié a perdu 750 euros ...

Le rapport du Conseil central de l’économie (CCE) publié ce 6 novembre explique clairement comment l’appauvrissement des travailleurs s’accélère.

Jo Cottenier
14-11-2007

Dans ce pays, l'augmentation de la richesse n'est pas répartie de façon égale. (Photo Solidaire, Lieven Soete)

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Ce rapport est surtout un indicateur de la politique salariale du gouvernement.

Que voit-on dans le nouveau rapport de 2007 ?

1. La part des salariés dans la répartition de la richesse nationale a de nouveau baissé et ce, pour la cinquième fois d’affilée.

Année
% du PIB
2003
65,8
2004
64,2
2005
63,2
2006
63,0
2007
62,6
2008
62,2

Ce tableau montre que le monde du travail ne reçoit qu’une part sans cesse plus petite du « gâteau » national. Ou, autrement dit, que les détenteurs de capitaux en reçoivent une part sans cesse grandissante.

En d’autres termes, l’accroissement de la richesse dans ce pays n’est pas également répartie. Les hausses salariales ne suivent pas le rythme de l’accroissement de la productivité.

Ce ne sont à première vue que de petites modifications. En 2006, 63 % du revenu national allait aux salaires et traitements. En 2008, le pourcentage sera de 62,2 %, soit une baisse de 0,8 %. Un détail ? Au contraire ! Car 0,8 % d’un revenu national de 325 milliards d’euros, cela signifie une perte de 2,6 milliards d’euros, soit environ 750 euros par salarié. Si la croissance du revenu national était également répartie entre le capital et le travail, chaque salarié devrait recevoir 750 euros de plus par an. Pour beaucoup, cela représente la moitié d’un mois de revenu.

2. La norme salariale est un mauvais critère.

Pour ne pas s’appauvrir, les salaires devraient pouvoir grimper plus rapidement. La norme salariale de l’actuel AIP a été fixée à 5 % et se base sur une estimation de la hausse des salaires attendue dans les trois pays qui nous entourent : l’Allemagne, les Pays-Bas et la France. Mais, dans ces pays, on applique une politique salariale tout aussi stricte. Un blocage régulier des salaires, comme aux Pays-Bas, voire une réduction des salaires, comme en Allemagne.

Pour garder au moins un rythme égal, il convient donc de se servir d’une autre norme, à savoir la somme de l’inflation et de la productivité comme norme minimale. Les chiffres du rapport du CCE montrent que l’on arriverait dans ce cas à des résultats tout autres. Nous comparons ci-dessous la norme salariale appliquée dans les accords interprofessionnels à la formule inflation + productivité.

 

Norme salariale
Inflation+Productivité
AIP 2003-2004
5,4%
7,7%
AIP 2005-2006
4,5%
6,9%
AIP 2007-2008
5%
6,3%

Ce tabelau montre que les salaires augmenteraient plus si on les alignaient sur la réelle hausse des prix et l’augmentation de la productivité.

 

3. L’index « santé », en réalité faussé (n’incluant pas l’essence et le diesel) provoque une érosion du niveau de vie.

La hausse des prix devrait être compensée par l’indexation automatique des salaires. Grâce à la combativité des syndicats, on est parvenu à la conserver jusqu’à présent. Mais les gouvernements essaient de saper cette indexation automatique des salaires par la falsification du repère. Dans « l’index santé », le diesel et l’essence ont été rayés du panier des dépenses, ce qui provoque un ralentissement sensible. Le résultat est que les salaires sont en retard par rapport à la hausse du coût réel de la vie. Cela, le rapport annuel du CCE le montre aussi. Depuis 2004, l’index falsifié a pris un retard de 1,2 % sur l’index « normal ». En ces périodes de hausse rapide des prix des denrées alimentaires, de l’énergie et des produits pétroliers, le rétablissement du véritable index et le maintien de l’indexation automatique (sans formules de correction) constitue une priorité absolue.

Petit index économique

Norme salariale : Augmentation salariale convenue entre les partenaires sociaux (syndicats et patronat) index compris. Fait partie des négociations des Accords interprofessionnels.

Accords interprofessionnels (AIP) : Accords entre les partenaires sociaux pour toutes les professions du pays. Porte essentiellement sur les salaires.

Index : Augmentation des salaires en fonction de l’augmentation des prix d’une série de produits représentants l’augmentation du coût de la vie. L’index est aujourd’hui faussé par l’index santé d’où est exclu le gasoil, l’essence, le tabac, l’alcool.

Inflation : Hausse des prix.

 

22:55 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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