13/02/2008

Conditions de travail sur les chantiers...

Chantiers Charleroi :: 90 % de contrats illégaux et cinq euros de l’heure

Descente syndicale sur le chantier de l’hôpital de Charleroi à Lodelinsart, le 24 novembre dernier. En cause, le travail au noir de travailleurs étrangers.

Germain Mugemangango
13-02-2008

Chantier du nouvel hôpital de Charleroi à Lodelinsart. (Photo Solidaire, Salim Hellalet) .

- Cliquez sur la photo pour l'agrandir -


Nous avons rencontré Carlo Briscolini, secrétaire régionale adjoint centrale générale FGTB Charleroi et Marc Moreau, secrétaire régional CSC bâtiments industries pour explique le sens de leur demande.

 

Que se passe-t-il sur le chantier de l’hôpital de Charleroi ?

Carlo Briscolini. Le chantier de l’hôpital civil de Charleroi est un immense chantier où deux cents travailleurs sont occupés de manière permanente dont cent à cent cinquante travailleurs dans le cadre du détachement (voir plus bas, ndlr). La plupart sont des Portugais sous-payés. En Belgique, le manoeuvre a un barème de 11,60 euros de l’heure au minimum. Dans l’ensemble des manoeuvres et travailleurs qualifiés, il y a 90 % de contrats illégaux. Ils gagnent entre 5 et 9 euros de l’heure. Ils n’ont pas les autres avantages sociaux du secteur. Cela fait des marges bénéficiaires gigantesques.

C’est connu de tout le monde que les règles ne sont pas appliquées. L’inspecteur des lois sociales de Charleroi devrait pouvoir aller voir les vraies fiches de paie au Portugal pour voir ce qui est effectivement payé mais il ne peut pas le faire. Après l’Europol judicaire, il devrait être possible d’avoir une Europol sociale. Mais ici, il s’agit d’un client public. Il s’agit de l’intercommunale (ISPPC) présidée par le MR Olivier Chastel. Un tel client devrait être moralement plus responsable qu’un privé.

Marc Moreau. Il y a 170 00 ouvriers qui travaillent dans la construction. On estime qu'il faut y ajouter 50 000 polonais dont la plupart travaillent illégalement. C’est un phénomène grandissant qui s’attaque à la sécu, à l’emploi. Même ceux qui travaillent légalement sont payés moins cher. Les prix des marchés sont tirés vers le bas. L’entreprise honnête est poussée à ne pas respecter la loi. Ou alors, elle paie moins cher ses travailleurs de manière illégale.

 

D’où vient le problème ?

Carlo Briscolini. C’est le résultat d’une directive européenne dite de détachement. C’est l’utilisation de travailleurs qui viennent pour un travail spécifique et une durée spécifique. C’est une problématique qui frappe les travailleurs au niveau européen. C’est très répandu dans la construction.

Il y a des règles. L’élément essentiel est qu’on doit appliquer les conventions collectives de travail et les salaires du pays qui donne le travail. Dans le cas du chantier de l’hôpital, il s’agit bien sûr de la loi belge en la matière. On s’aperçoit depuis un certain nombre d’années que cette partie de la législation est bafouée de plus en plus. Ce qui entraîne dans toute l’Europe une dérégulation du marché. Il y a même une pression pour que les entreprises honnêtes ne respectent plus les règles. C’est parfois le seul moyen d’obtenir le marché.

À côté de ça, l’administration et le contrôle des lois sociales sont sous équipés en matière de personnel et de moyens pour aller jusqu bout des enquêtes. Nous menons une campagne plus globale à Charleroi sur le sujet. Une fois par an nous tentons de détecter un certain nombre de chantiers qui présentent des signes fraude. Nous faisons l’action pour signaler entre autres ces entreprises à l’inspection sociale.

Marc Moreau. À Lodelinsart, le donneur d’ordre public a fait la sourde oreille. En Belgique, le client n’est pas tenu responsable de ce qu’il se passe sur le chantier. La seule obligation qui lui incombe c’est qu’il doit désigner pour les chantiers publics un fonctionnaire qui doit aller sur le chantier tous les jours vérifier la légalité des travailleurs. Dans les faits ça ne se fait pas. Il y a tellement peu de fonctionnaires que ce n’est pas possible. C’est donc une obligation qui a été complètement abandonnée.

Nous aimerions inclure dans la loi une responsabilité solidaire pour ce qu’il se passe sur le chantier comme infraction sociales. Les grands clients n’en veulent pas et les entreprises non plus.

 

Le chantier de l’hôpital civil de Charleroi est un immense chantier où deux cents travailleurs sont occupés. Parmi eux, nombreux sont des illégaux souspayés. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

- Cliquez sur la photo pour l'agrandir -


Quelles solutions proposez-vous ?

Carlo Briscolini. Nous ne sommes pas contre la venue de ces travailleurs immigrés en Belgique. Mais ça doit se faire dans les règles.

De plus, il faut avoir une politique proactive pour mettre au travail les personnes en Belgique intéressées par le secteur de la construction. Ce qui est grave c’est qu’ils sont encore moins intéressés par la formation des jeunes maintenant.

Marc Moreau. Nous avons été à la réunion de la cellule d’arrondissement qui doit poursuivre ce type de fraude. Nous avons été chez l’auditeur du travail et nous avons été très mal accueillis. Pourtant nous avons beaucoup d’informations qui viennent des travailleurs et des syndicalistes.

Nous avons donc décidé de faire une initiative informelle avec les acteurs intéressés. Les services d’inspections, l’Onss, l’Onem et les partenaires sociaux. Pas les finances, pas le monde juridique non plus.

Nous voulons faire respecter le règlement des travailleurs en détachement. Et aller beaucoup plus loin en chassant les négriers. Ça a pris une nouvelle ampleur. Pour éviter le classement sans suite ou les enquêtes tardives.

Nous voulons mettre en évidence les mécanismes qui permettent à ces gens d’échapper au contrôle pour à l’avenir proposer des modifications de la loi. Nous voulons aussi mener des actions de sensibilisation vers les travailleurs et les entreprises. Nous voulons aussi avec le syndicat nous porter partie civile par rapport à certains dossiers.

 

Connaissez-vous d'autres exemples ?

Marc Moreau. Au-delà du respect de la convention collective de la construction, il y a aussi des gens qui sont extrêmement exploités. Par exemple, il y a une filière brésilienne du travail (des faux Portugais). Ils ont de faux papiers qu’ils arrivent à remplacer par de vrais papiers. Dès qu’ils arrivent ici, on leur confisque leurs papiers et on les fait travailler pendant six mois ou un an. On les fait dormir sur chantier.

En cas d’accident, ça devient vite dramatique. En construction, chaque travailleur a un accident tous les cinq ans. En cas de travail au noir sur un chantier, c’est de l’esclavage.

Carlo Briscolini. Je sais que les grosses entreprises d’ici ont formé des sociétés là-bas pour prospecter le marché. C’est le seul moyen d’avoir les travailleurs que l’on cherche. Une société de toiture avec une vingtaine d’homme avait obtenu un gros marché dans le cadre des logements sociaux. Ils ont fait venir en ligne directe une société polonaise en détachement de 50 personnes. Un sous-traitant plus gros que la société principale. Douteux comme arrangement !

Hebdomadaire du Parti de Travail de Belgique | bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles | 38e annee n° 6 (1689) du 13 février 2008

Découvrez cette nouvelle formule et prenez un abonnement à l'essai

20:49 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.