Bulletin trimestriel du
Comité de surveillance Otan,
Numéro 42, avril - mai - juin
2011
|
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Sommaire
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Édito
Guerre pour la démocratie en Libye,
état de la
démocratie en Belgique...
Trois mois ont passé depuis ce jour fatidique où le parlement
belge a voté à la quasi unanimité lengagement de notre pays dans la guerre de
lOtan contre la Libye. Maintenant, certaines voix sélèvent parmi les
parlementaires pour émettre des doutes sur la poursuite de cette participation
et sur les objectifs de celle-ci. Mais le parlement, en votant lintervention de
la Belgique, le 21 mars dernier, sest délibérément privé de tout moyen d'avoir
une quelconque influence sur la poursuite de la guerre. Le gouvernement belge en
affaires courantes sest fait fort de ce soutien pour poursuivre des objectifs
qui étaient déjà clairs depuis des mois : le renversement du gouvernement de
Kadhafi et la mise en place dun nouveau "pouvoir". Il nest pas vrai que
lintervention militaire otanienne a changé de nature, comme le disent
aujourdhui certains parlementaires. Ce qui est vrai, cest que lOtan na pas
atteint son but après trois mois de bombardements intensifs et chaque jour plus
meurtriers contre les populations civiles quon était censé protéger. Et cela
oblige à ouvrir un peu les yeux.
Lengrenage de la guerre est en marche. Le gouvernement belge,
toujours en affaires courantes, a prolongé de trois mois (et peut-être même
"indéfiniment", comme vient de le proclamer le ministre De Crem) la
participation belge aux frappes de lOtan, et ne tardera pas à faire allégeance
politique : la reconnaissance du Conseil National de Transition (les rebelles de
Benghazi) comme "représentant légitime du peuple libyen" nest pas loin. Déjà 13
pays membres de lOtan ont franchi le pas.
Un seul missile coûte 350 000
euros, une bombe coûte entre 15.000 et 25.000 euros pièce. Les estimations
minimales du ministère de la "défense" sont de près de 15 millions d'euros pour
3 mois, cela alors que les menaces déconomies dans les budgets sociaux se font
de plus en plus pressantes.
Quand des partis se disant partisans dun idéal progressiste,
rejettent toute solution diplomatique et politique et sengagent dans une guerre
comme celle contre la Libye, ils enterrent eux-mêmes la démocratie dont ils se
revendiquent. Certains avaient ces derniers mois pris des positions certes
tardives, mais remarquables contre l'engagement de la Belgique dans la guerre
d'Afghanistan, dénonçant l'hypocrisie des motifs humanitaro-sécuritaires
officiels, et réclamant explicitement le rapatriement des bombardiers belges.
Mais ce sont les mêmes qui ont signé des deux mains l'entrée de la Belgique dans
cette guerre, qui a tout d'un bourbier annoncé. Faudra t'il attendre dix autres
années pour qu'ils réalisent qu'ils se sont laissés duper encore une fois par le
miroitement humanitaire de l'«intervention» ?
Notre pays est l'un des pays les plus lourdement engagés dans
cette guerre. Outre un navire de guerre croisant au large de la Libye, six
chasseurs-bombardiers F-16 participent aux bombardements et ils ont déjà largué
plus d'une centaine de bombes. Après 3 mois de bombardements quotidiens, c'est
ici un silence radio quasi-total sur cette guerre où est impliquée à ce point la
Belgique. Notre empêtrement militaire a été couvert par des monceaux d'infos
médiatiques et divertissantes, mariage princier, béatification d'un pape, nième
mort de Ben Laden le jour même où l'Otan ciblait un fils et 3 petits-enfants
de Kadhafi. Manifestement la population doit être tenue à l'écart de sujets
aussi futiles que la guerre menée par notre propre pays. Curieuse conception de
la démocratie, qu'on prétend aller exporter là-bas à coup de bombes.
Sommaire
La guerre contre la
Libye et le « nouveau concept stratégique » de lOtan
Le Sommet de lOtan de Lisbonne novembre 2010 sest
félicité de ladoption de son Nouveau Concept Stratégique, considérant, dans sa
Déclaration Finale, que celui-ci rend lAlliance « apte à défendre ses pays
membres contre toute la gamme des menaces, capable de gérer les crises les plus
difficiles et mieux à même d’oeuvrer avec dautres pays et dautres
organisations pour promouvoir la stabilité internationale ».
La Déclaration finale du Sommet dit aussi que « La
stabilité et la fiabilité des approvisionnements énergétiques, la
diversification des itinéraires dacheminement, des fournisseurs et des
ressources énergétiques et linterconnexion des réseaux énergétiques demeurent
dune importance capitale
et nous intégrerons, sil y a lieu, les
considérations de sécurité énergétique dans les politiques et les activités de
lOtan ».
« La paix et la stabilité dans la région méditerranéenne
sont essentielles pour la sécurité euro-atlantique. Nous entendons développer
encore le Dialogue Méditerranéen, en accroissant ses dimensions politiques et
pratique, afin de renforcer la confiance mutuelle et de relever ensemble les
défis de sécurité communs dans cette région. ».
Lagression militaire de lOtan contre la Libye sinscrit dans
la mise en oeuvre du Nouveau Concept Stratégique. Ce que le Sommet de lOtan
appelle la stabilité et la sécurité des approvisionnements énergétiques concerne
plutôt la sécurité des intérêts des multinationales et la stabilité des
politiques libérales qui dirigent nos pays. La Libye, lIran ou la Syrie, qui
sont toujours dans le collimateur de lAlliance, sont considérés comme des «
menaces » car leurs gouvernements ont cherché et essaient de défendre une
politique dindépendance et souveraineté et veulent disposer des ressources
énergétiques pour développer leur pays. LArabie saoudite, les autres pays du
Golfe ne sont certes pas des « menaces », puisque leurs gouvernements laissent
grand ouvertes les portes à lOccident.
Les grandes luttes populaires de ces derniers mois ont déjà
porté des coups importants aux gouvernements alliés de lOtan dans la région au
travers du « Dialogue Méditerranéen », dont lÉgypte, la Tunisie, le Maroc. Le
principal allié, Israël, se trouve affaibli. Depuis les débuts des mobilisations
dans plusieurs pays du Golfe et du Maghreb, lOtan a augmenté ses actions de
surveillance, et de mises en alerte tous azimuts. La Libye était une des cibles
potentielles.
Début février, lOtan crée un nouveau partenariat avec le
Qatar, le Secrétaire Général Rasmussen y déclare « nous pouvons faire
beaucoup ensemble, en particulier en ce qui concerne la sécurité énergétique,
qui est un défi pour nous tous ». Quelques semaines plus tard, on voit le
rôle charnière rempli par le Qatar pour instaurer le Conseil National de Ben
Ghazi, pour servir de banquier , et de représentant politique du « monde arabe
», et fournir sa part dappui militaire à lOtan dans ses bombardements
criminels. Début mars, bien avant le vote de la Résolution 1973, lOtan
concentre son système aérien de surveillance AWACS pour contrôler le ciel libyen
24h sur 24 et préparer ainsi la « no fly zone ».
Le Nouveau Concept Stratégique relègue lONU au rang de simple
partenaire. La Déclaration du Sommet de Lisbonne affirme « sa volonté d
approfondir la coopération pratique et développer le dialogue politique sur des
questions dintérêt commun
notamment pour la gestion des crises dans lesquelles
les deux organisations interviennent ».
LOtan sarroge le droit de faire appliquer des résolutions de
lONU. La Résolution 1973 du Conseil de Sécurité est kidnappée par lOtan qui se
déclare le meilleur prestataire de sécurité et le seule capable de garantir
lembargo sur les armes vers la Libye et dassurer la protection des civils !
LOtan dispose des bases militaires des pays membres, dans tout
le pourtour de la Méditerranée. Elle procède régulièrement à des manoeuvres
navales et des entraînements dits de lutte anti-terroriste comme lOperation
Active Endeavour, et à des vols dentraînement des F-16 et autres
bombardiers à partir des aéroports grecs, italiens ou turcs.
Les principaux États qui poussaient à la guerre pour renverser
le gouvernement de Kadhafi sont les États Unis, la France, la Grande Bretagne.
Mais aucun deux ne pouvait se permettre dagir pour son propre compte. Les
autres pays membres de lOtan, en particulier lItalie, la Turquie et
lAllemagne après avoir manifesté beaucoup dhésitations, se sont quand même
tous ralliés à la grande croisade otanienne. La Belgique a fait du zèle et se
trouve parmi les plus impliqués. Aujourdhui, lOtan est tout entière engagée On
dirait que cette guerre est un exercice de mise en pratique des capacités de
lOtan à lancer sur mer et dans les cieux, des engins de guerre les plus
sophistiqués et à coordonner des forces armées de différents pays. Une sorte de
laboratoire aussi sur sa capacité de détruire un pays, sans y envoyer de troupes
au sol. Toutes sortes darmes sont essayées. Dont très probablement des armes à
uranium appauvri. On est loin de toutes les justifications morales, type droit
de lhomme, défense de la démocratie, responsabilité de protéger les civils. La
3e guerre de lOtan est envoyée et ce ne sera pas la dernière. Cest un
engrenage infernal, et on ne pourra sen libérer que par une politique de
rupture avec lOTAN !
Claudine Pôlet
Sommaire
La destruction humanitaire de
la Libye
De la honte d'être pacifiste pendant une juste
guerre
L'image est pour beaucoup tout à fait claire : la communauté
internationale s'est émue à juste titre de la cruauté de Kadhafi bombardant son
propre peuple. L'intervention occidentale a permis d'éviter un bain de sang à
Benghazi. L'Otan agit pour le peuple libyen, mandatée par la Communauté
Internationale dans une intervention humanitaire sanctifiée par une résolution
des Nations Unies
Face à ce schéma, la réaction des groupes pacifistes et
progressistes a été pour le moins embarrassée et ambiguë. Les pacifistes
devaient absolument, avant tout autre débat et argument, démontrer qu'ils
adhéraient tout à fait au schéma imposé, "le fou sanguinaire Kadhafi
massacre son propre peuple". Les arguments pacifistes ont donc tourné
autour des points qui n'avaient aucunes chances de perturber la bonne conscience
des partisans de l'intervention pour protéger la population libyenne d'un
massacre.
"La guerre n'est pas une solution" ? Oui, mais il y
avait urgence : il fallait intervenir militairement, ou alors laisser se
produire le massacre annoncé. "Les bombardements de l'Otan risquent de
toucher des innocents" ? Peut-être, hélas, mais les Libyens qui sont en
train d'être massacrés par des bombardements non chirurgicaux eux, ne sont-ils
pas des innocents ? "L'Occident agit là par intérêts économiques, c'est une
guerre pour le pétrole" Tant pis ou tant mieux, si des intérêts économiques
douteux permettent d'éviter un bain de sang. "Deux poids, deux mesures, on
laisse massacrer ailleurs
" Pour reprendre l'argument du Soir :
"auraiton dû dire aux rebelles sur le point de se faire massacrer : désolé
pour vous, on nest pas intervenu au Bahrein ni à Gaza, donc on ne peut le faire
pour vous ?"
En bref ceux qui s'opposent à la guerre juste de l'Otan doivent
avoir honte de proposer de laisser se produire un inéluctable massacre
de la population.
Aucun groupe "pacifiste" organisé n'ose vraiment remettre en
question cette image de base. Comme s'ils avaient complètement oublié, que
chaque guerre des temps modernes a été présentée comme ayant de nobles
objectifs, dans lesquelles les atrocités et massacres de l'autre jouaient un
rôle essentiel. Hitler n'a jamais déclaré autre chose que vouloir protéger les
minorités allemandes de Tchécoslovaquie puis de Pologne, qui étaient massacrées
ou victimes d'abominables atrocités. Aux oubliettes, les couveuses de
Koweit-City, en 1990, et la préparation psychologique de l'invasion de 2003 de
l'Irak, martelée ici sur le thème de "Saddam Hussein qui a massacré son
propre peuple". La guerre du Kosovo était basée sur un plan de génocide
imminent des Kosovars qui n'a de fait jamais existé, et l'opinion publique a été
manipulée par des récits et des chiffres invérifiables (et invérifiés après
coup).
Pourquoi donc cette guerre-ci ferait-elle exception à la règle
?
Manifestants civils
Il est très malaisé de savoir ce qui s'est passé exactement aux
premiers jours de la révolte libyenne. Ce qui est tout à fait certain en
revanche, et qui aurait dû au moins nous mettre sur nos gardes, c'est que nous
avons été soudain soumis à un déluge d'"informations" particulièrement
orientées, unilatérales, et parfaitement invérifiables.
En ce mois de février, tout le monde avait en tête l'image des
protestations pacifiques, à Tunis et au Caire, des manifestants, obtenant
apparemment par leur seule détermination la chute de Ben Ali et de Moubarak.
Faire le parallèle mécanique avec ce qui survint alors en Libye était donc
inévitable.
Mais pourtant et dès les premiers jours, il était clair qu'il
ne s'agissait pas du même cas de figure. Ce n'était pas des manifestants
civils pacifiques qu'on voyait, mais bien des personnes qui avaient
pris les armes, des rebelles armés qui avaient pris le pouvoir par les
armes dans plusieurs villes
On a maintenu assez longuement contre toute évidence la fable
de "manifestants civils désarmés", alors même que la télé nous
présentait des gens armés, de la kalachnikov aux batteries anti-aériennes. À
mesure que la guerre avançait, on apprenait petit à petit qu'ils disposaient de
chars (lorsque l'Otan en a bombardé par erreur une colonne), d'avions de chasse
et d'hélicoptères de combat
Il est légitime de penser que les rebelles libyens ont raison
de se soulever contre leur gouvernement, et que leur cause est juste. On peut
discuter sur cette base là. Il est par contre complètement malhonnête de
présenter des rebelles armés comme le peuple libyen. Il y a là un
trucage grossier, mais qui a parfaitement fonctionné
Par ailleurs, après près de trois mois de combat la rébellion
malgré l'énorme arsenal de l'Otan à sa disposition, n'arrive pas à avancer : la
réalité contredit directement l'histoire du clan Kadhafi juste soutenu par une
poignée de mercenaires contre tout son peuple.
Kadhafi bombarde son propre peuple
Le gouvernement libyen (qu'il faut absolument qualifier de
"régime de Kadhafi" pour ne pas être suspect, et tout le monde, à
commencer par la gauche, obéit à la règle), aurait donc bombardé son propre
peuple. Il n'y a pourtant aucune évidence que des bombardements de
populations civiles par les forces gouvernementales n'aient jamais eu lieu en
Libye. "Les informations - un temps diffusées - selon lesquelles des
bombardements aériens auraient provoqué un carnage parmi des habitants nont
pas, à ce jour, été vérifiées", écrit Le Monde le 11 mars ; mais le même
article évoque la possibilité que Kadhafi bombarde Benghazi au gaz moutarde !!
Une fois qu'on est convaincu de la monstruosité de l'autre, plus aucune évidence
n'est nécessaire.
Les demandes expresses d'enquête, faites par le gouvernement
libyen même sont demeurées lettre morte. L'essentiel était d'avoir cette image
imposée comme une certitude dans l'opinion publique occidentale. Kadhafi a
bombardé les manifestants avec son aviation ! Après cela tout ce que
pouvait dire ou faire le gouvernement libyen était d'office disqualifié tout
ce qu'il pouvait dire était devenu inaudible, voire même retourné contre
lui.
Les rivières de sang
Un exemple symptomatique de ce retournement de sens, et qui a
joué un rôle essentiel dans cette guerre, est la fameuse phrase d'un des fils de
Kadhafi, selon laquelle il menaçait son peuple de rivières de sang s'il
osait manifester contre son Guide. Cette phrase a été reprise et répétée ad
nauseam, pour donner l'image parfaite d'une tyrannie démente.
« L'action de la France se situe dans le strict respect de
la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies d'abord, et dans le
cadre d'une mobilisation en faveur de la population libyenne persécutée par
Kadhafi, dont le fils avait promis des rivières de sang à son
peuple », affirme le porte-parole de la
diplomatie française. « Les menaces proférées par le fils du président
Kadhafi, de faire couler des rivières de
sang sont choquantes », déclare la présidente de la Fédération
Internationale des Droits de l'Homme. Le secrétaire national du Parti Communiste
français : « Le fils de Kadhafi menace d'entraîner le pays dans la guerre
civile avec le risque de rivières de sang. Ces déclarations
sont consternantes »
C'est un cas de manipulation particulièrement intéressant.
Voici les propos exacts de Seif Al Islam : « La Libye est à un carrefour.
Soit nous nous entendons aujourd'hui sur des réformes, soit nous ne pleurerons
pas 84 morts, mais des milliers et il y aura des rivières de sang dans toute la
Libye » : Autrement dit, en langage occidental bien civilisé, il ne dit pas
autre chose que ceci : "Il faut tout faire pour éviter une guerre
civile, qui provoquerait en Libye énormément de morts". C'est une phrase
malheureusement tout à fait juste. Les "rivières de sang" sont celles
qui coulent actuellement du fait de la guerre civile, et de la décision
délibérée de saboter toute proposition de cessez-le feu et de négociations. La
malhonnêteté patente de monter en épingle cette phrase devrait faire réfléchir
toute personne qui croit en la nécessité morale de cette guerre.
Atrocités contre les civils
Le bain de sang a t'il été évité in extremis à Benghazi grâce à
l'intervention occidentale, comme il nous a été martelé sur tous les tons ? Oui,
sans le moindre doute, dès qu'on souscrit à l'image initiale d'un clan Kadhafi
sanguinaire voulant massacrer son propre peuple. Si par contre on réalise que
les rebelles sont en proportion certainement non négligeable composé de soldats
de l'armée gouvernementale ayant fait défection, des questions surgissent
immédiatement. Pourquoi donc les soldats 'de Kadhafi' seraient composés
d'impitoyables tueurs, violeurs, massacreurs, pendant que les soldats 'ex-de
Kadhafi' qui pour l'une ou l'autre bonne ou moins bonne raison, sont passés sous
l'autorité de l'ex ministre de la Justice, et de l'ex ministre de l'Intérieur du
régime seraient soudain touchés par la grâce? Pourquoi ceux qui marchent dans le
sillage des bombes de l'Otan vers le pouvoir sont-il d'office purs et bons ?
Comment se fait-il qu'on s'intéresse si peu au sort des
pro-Kadhaffi dans les villes qui ont été "libérées" par la rébellion ? Aux tous
premiers jours, un reportage télé de Benghazi nous présentait les corps de
plusieurs soldats abattus, les mains liées derrière le dos. Le commentaire off
disait "ce sont des soldats qui ont refusé de tirer sur la foule, et qui ont
été abattus pour cette raison par les officiers". Peut-être, et sans aucun
doute d'ailleurs dès qu'on a bien ingéré l'histoire de base. Le commentaire,
"ce sont des soldats loyalistes exécutés par les rebelles" aurait-il
été à ce point invraisemblable ?
Les récits d'atrocités sont une composante essentielle et
incontournable des guerres justes. Ce sont toujours les autres, du camp que l'on
bombarde avec le droit avec nous, qui commettent d'épouvantables atrocités. Les
autres, ceux que l'on soutient dans leur cause juste ne commettent jamais, assez
mystérieusement il faut bien dire, la moindre atrocité. Ou alors ce sont des cas
isolés, des pommes pourries, tels les quelques marines US qui ont été
assez imbéciles pour prendre des photos de leurs exploits.
Le Mouvement pour la Paix arrivera t'il un jour à se
débarrasser de cette hantise, d'oser ne pas condamner d'office avec l'ensemble
de la meute ceux que l'on accuse d'atrocités ? L'expérience du passé, des récits
d'atrocités inventées dans le but précis d'émousser toute opposition à la
guerre, ne sert donc à rien pour les militants de la paix ?
Penser que le conflit qui déchire aujourd'hui la Libye est un
conflit entre les Bons et les Mauvais est une stupidité basique, quelle que soit
l'opinion que l'on a sur les uns et les autres, et sur la justesse de leurs
causes. Une guerre entraîne nécessairement son cortège d'horreurs et
d'atrocités, commis de part et d'autre.
« Il n'y a pas d'autre solution que la solution militaire
car le langage du dictateur est celui de l'anéantissement et les gens qui
parlent ce langage ne comprennent que ce langage », déclare un porte-parole
de la rébellion, au moment de rejeter la proposition de médiation et de
cessez-le-feu de l'Union Africaine. Autrement dit, la seule option possible pour
les rebelles, et pour l'Otan qui les soutient, c'est l'anéantissement de
l'adversaire. Gageons que le sort à venir des "pro-Kadhaffi" ou étiquetés tels,
est une histoire qui laissera l'Otan parfaitement indifférent, et ne passionnera
guère les grands médias, à l'instar des massacres perpétrés par les troupes de
Ouatara en Côte d'Ivoire .
Les représentants du peuple libyen
Les rebellions armées existent dans grand nombre de pays, de
part le monde, et en Afrique en particulier. La question n'est pas ici de
discuter de leurs raisons qu'on peut estimer être tout à fait justes, ou plus
douteuses. On peut citer par exemple, le cas de l'Irak, où depuis l'invasion
américaine et la mise en place d'un gouvernement "démocratique" au service de
l'occupant, une importante résistance armée continue à combattre les forces
armées de ce gouvernement que certains considèrent comme fantoche. On pourrait
évoquer aussi l'Afghanistan
.
Dans ces cas particuliers, les pays de l'Otan, loin de
reconnaître la rébellion armée comme représentante du peuple, ou d'une partie du
peuple, aident plutôt activement le gouvernement "légal" à lécraser
militairement.
En Libye, indéniablement, l'Otan est en train de soutenir une
rébellion armée contre un gouvernement. Quel droit a l'Occident, du haut de sa
glorieuse histoire coloniale, pour décider que tels ou tels sont effectivement
les représentants légitimes du peuple libyen ? Le peuple libyen a
appelé à l'aide nous affirme-t-on, l'Occident, que dis-je, la "Communauté
Internationale", pétrie de bonté et forte de siècles d'apport de sa
générosité désintéressée l'ensemble de la planète, ne pouvait pas ignorer cet
appel à l'aide. Bien. Le peuple libyen, on est tout à fait sûr que ce sont ces
gens du Conseil National de Transition ? Les gens de Tripoli, de Syrte, de
Brega,... bombardés jour et nuit par l'Otan, de qui l'on détruit les
infrastructures, c'est pas le peuple libyen? Les centaines de milliers de gens
qui s'enfuient effrayés des bombes et de l'avancée des rebelles, pas le 'bon'
peuple libyen ? Les seuls représentants légitimes du peuple libyen, ce sont ces
personnes qui demandent à l'Occident de bombarder leur pays ?
Si le gouvernement libyen, pardon, le régime de
Kadhafi, est bien le régime totalitaire, délirant, sanguinaire qu'on nous
décrit, par quel miracle des personnages aussi impliqués dans le régime que
devaient l'être l'ancien ministre de la Justice, ou celui de l'Intérieur, ou le
représentant aux Nations Unies, pourraient-ils être devenus soudain des
interlocuteurs tout à fait respectables, bien démocratiques, et dignes
représentants locaux de "nos valeurs" ? La Justice, et l'Intérieur,
sont pourtant les postes par excellence où devait s'exprimer le caractère brutal
et répressif du régime.
«Motivés par de stricts impératifs humanitaires
»
Fallujah, Irak, octobre-novembre 2004 : après le lynchage
quelques mois plus tôt de 4 mercenaires US de Blackwaters, Fallujah est pendant
près de deux mois impitoyablement pilonnée, "nettoyée", à coup de bombes au
phosphore et de napalm notamment. « L'ennemi a un visage, il s'appelle
Satan. Il est à Fallujah. Et nous allons le détruire... » déclare à cette
occasion un responsable militaire US (et c'est Kadhafi qui est dérangé..). On
parlera de 4 à 6000 civils tués. Le rapporteur spécial de lONU accuse les
forces d'occupation de violation de la Convention de Genève en utilisant la faim
et la privation d'eau comme arme de guerre contre la population civile.
En juillet dernier, une étude publiée dans lInternational
Journal of Environmental Research and Health a démontré à Fallujah une
hausse de la surmortalité infantile et une augmentation spectaculaire des cas de
cancers, (multiplication par 4, et par 12 pour les moins de 14 ans) et de
déformation à la naissance, conséquences probables de l'utilisation d'uranium
appauvri dans les munitions états-uniennes.
L'horreur de Fallujah n'est qu'un "épisode" parmi bien
d'autres, en Afghanistan et en Irak. Mais aujourd'hui il nous faut croire que
ces mêmes forces US viennent au secours du peuple libyen, motivées par de
stricts impératifs humanitaires. Cela laisse rêveur.
Quel sera le sort à moyen terme de la Libye ? Si les opposants
viennent au pouvoir, portés par l'Otan, on peut raisonnablement supposer qu'ils
resteront redevables à leurs protecteurs, ce qui signifie "libéralisation
économique", et établissement de bases militaires US. Imaginer que la Lybie
que projette la composition hétéroclite actuelle, formée en partie
d'ex-dignitaires de Kadhaffi et de fondamentalistes du Groupe de combat
islamique soit une "Lybie laïque, démocratique et progressiste"
est faire preuve pour le moins d'une navrante crédulité. Les intellectuels et
philosophes distingués qui militent pour les bombes de l'Otan font s'ils y
croient, un sinistre pari, sur le sang des Libyens
Un autre scénario possible, est que la no-fly zone et les
sanctions soient indéfiniment reconduits, exactement comme pour l'Irak après
1991, avec bombardements 'de routine' quotidiens, "pour protéger les civils". Un
embargo sévère sera le complément indispensable de cette généreuse protection
des populations civiles par l'Otan. On a déjà pu avoir un avant-goût de sa
justification lorsque les forces de l'Otan ont arraisonné un pétrolier et l'ont
empêché de livrer sa cargaison à Tripoli : « Les forces navales [de l'Otan]
peuvent intercepter les navires entrant ou quittant les ports libyens si elles
disposent d'informations fiables donnant à penser que le navire ou sa cargaison
servira à attaquer ou à menacer des civils, directement ou indirectement
»
Dans l'un et l'autre cas, l'Irak actuel donne une idée assez
précise de l'avenir de la Libye.
L'Irak a basculé en quelques années d'un rang de pays
développé, comme la Libye aujourd'hui, à une position extrême de
sous-développement. Les infrastructures sociales se sont effondrées. Avant 1990,
le système déducation irakien et le système de soin de santé étaient les plus
avancés de la région du Proche-Orient. En 2006 le taux officiel
d'alphabétisation était tombé à 40%, 24% pour les femmes. Les systèmes de santé,
et de services sociaux ont été détruits. Les Irakiens doivent se débattre contre
le chômage, la pauvreté, l'insécurité. En 2002, avant l'invasion, l'OMS estimait
à plus d'un million et demi le nombre d'enfants morts des suites de
l'embargo.
« 23 % de la population vit toujours avec moins de 2,2
dollars par jour, une des causes principales de malnutrition généralisée chez
les enfants et les femmes. La malnutrition est élevée avec un enfant sur trois
de moins de cinq ans atteint de retard de croissance modéré ou sévère (
). Les
violences continuelles ont détruit les institutions et les dispositifs de
protection physique, sociale et juridique dans la plus grande partie du pays. La
perte dans le conflit de dizaine de milliers de parents et de personnes
s'occupant d'enfants a rendu les enfants encore plus exposés au harcèlement, à
l'exploitation et aux mauvais traitements. » Unicef, avril 2010
Ce ne seront pas dans quelques années les morts des massacres
par Kadhafi qui seront à déplorer.
Drapés dans leur bonne conscience humanitaire, les hérauts du
droit d'ingérence ne réalisent pas que les conséquences seront infiniment plus
désastreuses que le mal qu'ils prétendaient combattre
Quel devrait être le rôle des organisations pacifistes ?
Nous retrouvons avec cette guerre tous les aspects
magistralement décrits par Anne Morelli dans son livre "Principes
élémentaires de propagande de guerre"1.
L'expérience des guerres est longue, il n'y a pas là de place
pour l'angélisme. Il ny a aucun raison objective que lOtan soit une uvre
caritative, et que le jeu des USA et des anciennes puissances coloniales soit
plus humanitaire que lors des siècles passés.
Il ne s'agit pas pour les militants pacifistes de prouver leur
propre bonne volonté pacifiste. Crier "Non à la guerre, paix,
démocratie!" ne sert pas à grand-chose, si on est par ailleurs aveugle face
aux mécanismes d'acceptation mentale de la guerre.
Les organisations progressistes et mouvements de paix, si elles
se veulent vraiment avoir un sens et un rôle utile contre la guerre, devraient
être particulièrement conscientes du fait que la désinformation est une arme de
guerre, plutôt que baisser honteusement la tête à la première attaque coordonnée
de la propagande, et servir, malgré soi, de complément humaniste à la campagne
guerrière.
Roland Marounek
1. Edition Labor, 2001
Sommaire
La guerre nest pas un
jeu
Le hasard ma fait revoir une photo de la grand place de Wavre
détruite par les bombardements en lan 1944 ; je me suis remémoré ma présence
dans les bombardements de Louvain (Leuven), blotti dans les caves, entendant les
explosions assourdissantes, les tremblements du bâtiment, la peur des adultes
transmise aux enfants qui pleurent, qui hurlent, les odeurs durine, de vomi.
Depuis lors, jai toujours une crainte quand un bruit dexplosion surgit, un feu
dartifice, un éclair frappant le sol.
La Libye et surtout Tripoli subissent des bombardements. Au
départ, cétait contre les cibles militaires avec « des dégâts collatéraux ».
Après 3 mois, il ne reste à bombarder que « les dégâts collatéraux ». La
population terrorisée, terrée dans les abris, nayant pas eu le temps
daccumuler des vivres, vit lenfer. Et dire que certains mouvements de la paix
se prononcent pour la GUERRE, comme si cétait un jeu vidéo. Précédemment, ils
préféraient le terme « intervention humanitaire de lOTAN », cest plus joli.
.
Comment peuvent-ils condamner lintervention de lOTAN et de la
Belgique en Afghanistan, en rappelant la souffrance de ce peuple sous les
bombardements, ce peuple qui doit chaque semaine enterrer des dizaines de corps
humains morts sous les bombes lâchées par les gentils avions de lOTAN, et en
même temps, soutenir la guerre en Libye ! Ce sont les mêmes avions bombardiers
de lOtan qui viennent apporter le bonheur au peuple libyen.
Les mensonges de nos médias se suivent et se ressemblent. ;
Dans le passé, on disait : « jamais Hitler na attaqué la Pologne, cétait
une invasion polonaise qui a obligé lAllemagne à envahir la Pologne ». Le
dernier média-mensonge en date : la démission de lambassadrice de Syrie en
France, répercuté sur toutes les ondes radios et TV, suivi dun démenti, le mal
était fait. Il y a le cas de la fameuse "Lesbienne de Damas", qui décrivait de
manière poignante la répression "vue à Damas", et qui fit croire à son
enlèvement : c'était un étudiant américain vivant en Écosse. Cette information a
circulé à travers les médias, avant lannonce que cest faux ! Elle servait à
diaboliser et à discréditer le pouvoir syrien et ses forces de lordre.
Nous ne savons pas ce qui se passe en Syrie, mais en droit
belge, les mensonges disqualifient toutes les autres informations. La
condamnation de la Libye à lONU est due à la supposée intention de M. Kadafhi
de massacrer le peuple. La réalité est tout autre : les insurgés pratiquent le
massacre des pro-Kadafhi, des travailleurs noirs, les médias évitent den
informer le public.
La plupart des médias ne sinforment que dans les bureaux liés
à lOTAN, nous essayons dans la mesure de nos moyens de donner une vision dune
autre réalité.
Marcel Poznanski
Libye,
Côte DIvoire : Sarkozy jouant au néo-conservateur ?
Les arbres, encore une fois, servent à cacher des forêts. La
diabolisation médiatique de l'adversaire a, à nouveau, permis de dissimuler les
intérêts économiques et géopolitiques qui muent les agresseurs.
Nombreux par exemple sont ceux qui ne remettent pas un instant
en question le "fait" que Kadhafi a bombardé sa population ; je ne mentionnerai
que larticle de Natalie Nougayrède dans Le Monde du 11.03, disant que « les
carnages provoqués par des bombardements aériens nont pas, à ce jour, été
vérifiés » et les informations des services de renseignement russes selon
lesquels aucun bombardement de populations civiles par laviation de Kadhafi
navait pu être vérifié. Comment par ailleurs expliquer que, dans un monde où le
plus petit coin dune ruelle est sous lil des satellites, les services
occidentaux, toujours si prêts à susciter nos compassions par une profusion
dimages nen ont produit aucune montrant ces méchants bombardements kadhafistes
contre des populations civiles ?
Quant aux motivations humanitaires, toujours aussi
compassionnelles, comment ne pas être ébranlé par la révélation du même
quotidien français lorsque sa correspondante, Nathalie Guibert nous informe que
« les forces interventionnistes ne touchent pas la marine libyenne parce
quelle sera utile pour faire barrage aux immigrés dans le post-Kadhafi »
? (Le Monde, 31.03). Pour ce qui est des opposants désarmés, le doute simpose
lorsquon apprend que le 18 mars, un avion de chasse abattu à Benghazi et que
lon croyait du dictateur appartenait en réalité aux insurgés. Et que des média
si peu suspects de kadhafisme comme The Telegraph, The Wall Street Journal ou la
BBC informaient, des semaines avant la décision du Conseil de sécurité des
Nations Unies, que des commandos armés occidentaux se trouvaient déjà en
territoire libyen. Plus près de nous, le Canard Enchaîné, dans un article
titré « Fournitures gratuites aux insurgés libyens », informait le 9
mars, (soit 9 jours avant la résolution du Conseil de Sécurité autorisant
lusage de la force) que des opérations militaires franco-anglo-américaines se
déroulaient déjà sur le terrain. Ce journal récidive trois jours plus tard, en
nous apprenant que la DGSE le service de renseignement et daction extérieur
français « aurait livré discrètement à Benghazi, dès la mi-mars, quelques
canons de 105 mm et des batteries antiaériennes mobiles ».
Comme si toute cette démonstration daventurisme de tout genre
était insuffisante, voilà que le couple Sarkozy - Ban-ki Moon se lance dans une
opération encore plus douteuse dans le contexte des élections en Côte dIvoire.
Avec un empressement digne des meilleures causes, le second ordonne à son
représentant sur place de valider lélection du candidat Ouattara, ami personnel
du premier. Cest ainsi que, dûment entouré par les ambassadeurs de France et
des Etats-Unis, ce fonctionnaire décide que Ouattara est le vainqueur malgré de
très lourdes et sérieuses contestations. Le Français Alberto Bourgi, professeur
du droit public et africaniste reconnu, sétonnait à la radio française ce
vendredi 01.04 de cette curieuse célérité.
Encore une fois, ce nest pas le droit humanitaire ni le
sacro-saint principe du respect des urnes qui tirent les ficelles de la gestion
du dossier ivoirien. Il se fait que le Président Gbagbo avait osé envisager de
ne pas limiter aux seuls capitaux occidentaux les perspectives dinvestissement
dans son pays, mais de les ouvrir aussi aux Chinois et aux Indiens. Pire encore,
il avait des plans pour faire de la commercialisation du cacao, jusqualors dans
les mains dune grosse multinationale, un service public contrôlé par lÉtat,
avec la participation des petits producteurs organisés en coopératives. Projets
fort gênants parce quil se fait quun des patrons de cette multinationale, la
Armajaro Trading Inc, Loïc Folleroux, est le beau-fils de Ouattara, lequel, en
spéculateur habile, venait dacheter, un mois avant les élections, 240.000
tonnes de cacao en anticipant une envolée de son cours. Suprême irrévérence, le
président Gbagbo se proposait de constituer un système financier essentiellement
axé sur une banque publique contrôlée par lÉtat. Projet quelque peu détonnant
si lon considère que son rival Ouattara était lancien patron du département
Afrique du FMI.
Triste scénario de bien douteuse morale. LOccident se prépare
ainsi, au nom des valeurs humanitaires et de liberté qui sont « les siennes », à
sacrer le candidat Ouattara dont la Croix Rouge est occupée à découvrir
dimportants charniers semés par ses troupes dans sa route vers Abidjan.
Monsieur Sarkozy joue à lapprenti sorcier en Côte dIvoire, deuxième acte dune
partition qui, après la Libye, viserait lIran. Délocalisation aidant, les
néo-conservateurs ont déménagé vers lÉlysée. Tout en cherchant à assurer la
réélection du patron, seront-ils en train dexplorer les traits dune folle
sortie de crise ?
Vladimir Caller
Sommaire
Il y a 20 ans, la
Yougoslavie explosait
Vingt ans après le début des guerres yougoslaves, où en
sont les États issus de lancienne fédération socialiste, notamment au niveau de
ce quil est convenu dappeler leur « intégration euro-atlantique »
?
Le 25 juin 1991, la Slovénie et la Croatie proclamaient
unilatéralement leur indépendance, provoquant une riposte de lArmée populaire
yougoslave (JNA) qui tentait, dès le lendemain, de reprendre le contrôle des
frontières extérieures de la fédération. Côté tant slovène que croate, des
unités de défense territoriale et de police, ainsi que des milices acquises aux
gouvernements nationalistes de ces deux républiques, ouvraient le feu sur les
soldats de la JNA.
En Slovénie, la guerre sacheva rapidement, le
7 juillet, par la signature de l'accord de Brioni, par lequel Belgrade renonçait
de facto à exercer tout contrôle sur lentité la plus septentrionale de la
fédération. Le conflit a coûté la vie à une centaine de personnes, surtout des
soldats yougoslaves, sommairement exécutés après leur reddition ou brûlés vifs
dans leurs tanks.
Ensuite, la Slovénie, république la plus prospère de
Yougoslavie, sest tournée vers lOccident, adoptant les réformes de marché
prescrites, et a adhéré à lOTAN en 2004 et à lUnion européenne (UE) en 2007.
Dotée dune population ethniquement slovène à plus de 90 %, elle na pas connu
les troubles qui ont ravagé les autres républiques ex-yougoslaves, bien que
plusieurs dizaines de milliers de citoyens qui en étaient originaires aient été
expulsés ou « effacés » des registres, privés de papiers, et donc de travail, de
pension, denseignement
Pas plus que dans les États baltes, où des centaines de
milliers de russophones ont connu, ou connaissent, un semblable « effacement »,
la plupart des associations de défense des droits de lhomme ne se sont guère
émues de cette situation qui na été que partiellement réglée suite à de
discrètes pressions de lUE.
En Croatie, les événements prirent un tour
bien différent. En cause, essentiellement la présence dune minorité serbe
consistante (environ 12 % de la population), vivant surtout dans les confins
ruraux de la république (Krajina, Slavonie
). Tentant au départ de jouer à
larbitre dans les escarmouches entre milices croates et serbes, la JNA
désertée par ses éléments slovènes et croates prit progressivement le parti
dune population serbe, inquiète de sa radiation dans la nouvelle constitution
croate (lancienne faisait des Serbes de Croatie et des Croates les deux «
peuples constitutifs » de la république) et de ladoption par Zagreb de symboles
(monnaie, drapeau
) datant de lère oustachie. La violence culmina avec le
siège, puis la prise, de la ville de Vukovar par la JNA et les milices serbes.
On apprendra plus tard que la ville, à la frontière avec la Serbie, avait été
sciemment abandonnée par le Président Tudjman, désireux den faire un symbole de
la « barbarie serbo-bolchévique ».
Après un cessez-le-feu et la reconnaissance de lindépendance
des deux républiques sécessionnistes par lAllemagne et le Vatican, puis par les
autres Etats de ce qui était encore la Communauté économique européenne, une
force des Nations Unies sinterposa entre les lignes serbes et croates à partir
du printemps 1992. Entérinant ainsi la sécession croate, Belgrade créait, en
avril 1992, une nouvelle fédération nenglobant plus que la Serbie et le
Monténégro et retirait son armée de Croatie, puis de Bosnie-Herzégovine. Le
front fut gelé pendant quelques années, avec un quart du territoire sous
contrôle serbe, jusquà ce que la Croatie acquière dabondants armements et de
précieux soutiens militaires, en dépit dun embargo sur les armes imposé à toute
lex-Yougoslavie par lONU dès septembre 1991. Cest ainsi que, en plus dune
bonne partie de larsenal de lex-RDA, livrée gracieusement par le puissant
allié allemand, Zagreb se tourna vers la Pentagone qui y déploya la Military
Professional Resources Inc. (MPRI), une firme officiellement privée
employant de hauts officiers U.S. à la retraite. Avec laide de la CIA, elle
planifia les deux « blitzkrieg » de mai et daoût 1995, qui balayèrent les
principaux bastions serbes et provoquèrent lexode de plus dun quart de million
de personnes vers la Serbie et la Bosnie. Avec les victimes de ces opérations et
lassassinat de plus dun millier de vieillards et de handicapés serbes nayant
pu ou voulu prendre la fuite, on évalue entre dix et quinze mille le nombre
total de morts causé par la guerre en Croatie.
Le pays ne sest pas remis de ce nettoyage ethnique massif
puisque, actuellement, la population serbe ny dépasse guère les 3 %. Celle-ci a
dû se sentir quelque peu réconfortée par la première condamnation de
responsables de lopération « Tempête » daoût 1995, en loccurrence les
généraux Gotovina et Markac, condamnés respectivement à 24 et 18 ans de prison
par le Tribunal de La Haye (TPIY) en avril 2011. Peu de choses, sans doute, par
rapport aux millénaires de prison que devront purger plusieurs dizaines de
responsables et dexécutants du massacre de Srebrenica, condamnés par le même
Tribunal, ainsi que par des cours de Bosnie-Herzégovine, de Serbie et dautres
pays. Est-il utile de préciser que la complicité des Etats-Unis dans le
nettoyage de la Krajina a été soigneusement mise sous le tapis par le TPIY,
après que Gotovina ait été convaincu quil ne serait pas opportun de linvoquer
pour sa défense ? Mais il nest pas impossible que le général, déçu par la
lourdeur de sa sentence, change de tactique durant la procédure dappel qui
devrait bientôt senclencher.
Quoi quil en soit, après une période de transition durant
laquelle dut seffacer le dernier fief serbe en Slavonie orientale, la Croatie a
récupéré lintégralité de son territoire en 1998. Sur le plan économique, les
biens publics ont été sauvagement privatisés, et souvent accaparés par le clan
Tudjman, condition pour quelle acquière le statut de « candidat » à lUE en
2004. Bloquée par la Slovénie pendant quelques années à cause dune dispute sur
le tracé de leurs frontières communes, son adhésion au club européen vient
dêtre programmée pour 2013 par la Commission, en dépit dune population devenue
particulièrement « eurosceptique » et qui devrait se prononcer par référendum.
Entre-temps, la Croatie a été un deux bénéficiaires, avec lAlbanie, du dernier
élargissement de lOTAN en 2009.
La guerre éclata au début avril 1992 en Bosnie-Herzégovine. La
dernière étincelle à enflammer la poudre fut le référendum sur lindépendance,
tenu un mois avant la guerre sous la pression de lUE. Dans une république où
toutes les décisions avaient toujours été prises avec l'assentiment consensuel
des responsables de ses trois communautés constitutives Serbes, Croates et
Musulmans1 , la polarisation ethnique
atteignit son paroxysme lorsque la population fut sommée de déclarer si elle
souhaitait ou non se détacher dune Yougoslavie en pleine décomposition. Au-delà
des clivages politiques apparus dans une région qui venait daccéder au
multipartisme, Musulmans et Croates optèrent pour lindépendance, tandis que les
Serbes boycottèrent le scrutin. (Suite page 9)
Au cours des mois précédant la guerre, trois séries de
négociations entre responsables politiques bosniaques avaient pourtant failli
aboutir à un accord permettant de sauvegarder la paix entre les communautés,
dans le cadre yougoslave dabord, puis dans celui dune entité indépendante mais
décentralisée. A chaque fois, Alija Izetbegovic, membre musulman de la
Présidence tripartite, avait refusé de ratifier un accord conclu ou était revenu
sur sa signature. A chaque fois, il avait semblé agir sous linfluence de
diplomates des États-Unis. Trois ans et demi et cent mille morts plus tard,
laccord de paix de Dayton entérinait une division du pays plus nette que celle
envisagée avant la guerre. Mais, dans l'intervalle, lOTAN avait pu faire
étalage de sa force en Bosnie, et avait ainsi survécu à la Guerre froide. De
plus, après avoir été pris de court par les sécessions croate et slovène, les
États-Unis avaient montré que ni l'ONU, ni l'UE qui, pendant la guerre,
avaient multiplié les tentatives de médiation et de plans de paix n'étaient
capables de gérer les Balkans sans leur implication directe. Car c'est bien dans
l'Ohio, à 8.000 km de Sarajevo, que se trouve la base de Dayton
De même, la sanglante guerre qui opposa Croates et Musulmans en
Herzégovine et en Bosnie centrale fut arrêtée par un accord signé à Washington
le 1er mars 1994. L'Herceg Bosna, entité croate créée dans le sud du pays, était
officiellement abolie et les deux parties étaient réunies dans une «
Fédération ». A l'exception d'une guerre inter-musulmane ignorée par les
médias dans le nord-ouest de la Bosnie, les forces théoriquement « fédérées »
pouvaient concentrer leur énergie sur l'ennemi commun serbe. Larmée du général
Mladic, après avoir connu une nette supériorité militaire initiale grâce à
l'accaparement de la majorité des armements terrestres de la JNA (qui avait
quitté la république dès le deuxième mois de guerre) dut faire faire face à un
adversaire de mieux en mieux armé grâce à des livraisons massives en provenance
de Turquie, d'Iran et de nombreux autres pays, et la complicité active des
navires de l'OTAN qui appliquaient à leur manière l'embargo de l'ONU.
A une époque où nombreux considéraient l'OTAN comme une
organisation obsolète appelée à connaître le même sort que son homologue basé à
Varsovie, la guerre de Bosnie permit à l'organisation atlantique de se trouver
un nouvel ennemi et une nouvelle raison d'être. Mandatée par lONU pour faire
respecter une « no fly zone » au-dessus de la Bosnie, elle effectua la première
action armée de son histoire le 28 février 1994 en abattant quatre avions de
combat serbes. Ses interventions allèrent en crescendo jusqu'au bombardement
massif d'objectifs militaires et civils en août et septembre 1995. Intervenant
six semaines après le massacre, bien réel, de prisonniers musulmans capturés à
Srebrenica et deux jours après un attentat au marché de Sarajevo,
vraisemblablement monté par les autorités locales, ces trois semaines de
bombardement de l'OTAN entraînèrent un retournement radical de la situation.
Alors que Milosevic, président de Serbie, ordonnait à larmée yougoslave de
rester de marbre, comme un mois plus tôt en Croatie lors de l'opération «
Tempête », les forces coalisées de la « Fédération » croato-musulmane et de
Croatie s'emparaient d'un tiers du territoire de l'entité serbe, la Republika
Srpska, proclamée en janvier 1992 et forgée à la faveur des combats.
A peu de choses près, l'accord de Dayton, avalisé par les
présidents Tudjman et Milosevic, entérinait ce nouveau découpage territorial. Si
les Musulmans devaient renoncer à Srebrenica et d'autres localités de l'est de
la Bosnie, de vastes régions de l'ouest du pays, autrefois essentiellement
peuplées de Serbes, passaient dans l'escarcelle de la « Fédération », comme la
plupart des grandes villes, dont le caractère multiethnique semble sêtre
définitivement effacé.
Seize ans plus tard, la Bosnie-Herzégovine vit en paix et dans
une relative sécurité, mais la majorité des déplacés et réfugiés ne sont pas
rentrés chez eux. Les tensions qui étaient à l'origine de la guerre
centralisme des Musulmans majoritaires et tendances autonomistes des deux autres
communautés sont plus vives que jamais. Dans un Etat dirigé par un « Haut
représentant », nommé par l'UE et doté de pouvoir quasi-dictatoriaux, la
Republika Srpska a tendance à se rebiffer de plus en plus. Les Serbes critiquent
en particulier une justice, aux mains des institutions centrales, qui n'a jamais
jugé le moindre crime de guerre dont a été victime un des leurs. Un référendum,
contestant ces institutions, a été convoqué, puis annulé de justesse sous la
pression de lUE, qui sest peut-être souvenue que le référendum quelle avait
exigé seize ans plus tôt avait plongé le pays dans la guerre. Les Croates, noyés
dans une « Fédération » croato-musulmane où ils pèsent de moins en moins, se
considèrent comme les grands perdants de Dayton. En effet, alors quils ont
connu, en proportion, la part la plus faible de victimes de guerre, près de la
moitié de leur population a quitté le pays depuis, émigrant généralement en
Croatie. Leur revendication d'une entité propre, à l'instar des Serbes qui eux
ont pu se maintenir démographiquement, devient de plus bruyante, surtout
depuis que les partis croates sont exclus du nouveau gouvernement de la «
Fédération ».
En outre, Bosniaques de toutes ethnies sont accablés par de
dures conditions de vie et un chômage massif, le plus élevé d'Europe, après le
Kosovo. Si une armée unifiée a finalement été constituée à partir des trois
factions qui s'étaient entretuées, aucune adhésion à l'OTAN n'est encore à
l'horizon. Les Bosniaques connaissent pourtant bien l'OTAN, puisque des dizaines
de milliers de soldats de lorganisation atlantique y ont remplacé les troupes
de lONU dès la fin des combats et y sont restées jusque fin 2004. Leur a alors
succédé une force de lUE, Eufor Althea, actuellement réduite à 1.600 hommes.
Néanmoins, lOTAN a conservé, à Butmir, près de Sarajevo, un QG et quelque 200
militaires états-uniens, chargés de « conseiller » le gouvernement bosniaque en
matière de défense et de traque de criminels de guerre. En outre, la même base
abrite le QG dAlthea, qui paye dailleurs un loyer à ses hôtes de lOTAN.
De même, la Bosnie-Herzégovine est le seul pays des Balkans
(Kosovo excepté) pour lequel aucune adhésion à lUE nest encore envisagée. Les
blocages institutionnels récurrents dans cette sorte de fédération hybride (deux
entités, trois peuples constitutifs) retardent considérablement les
sacro-saintes « réformes » exigées par Bruxelles et sont entretenus par un
statut de protectorat qui nose dire son nom, mais qui favorise corruption,
irresponsabilité et opportunisme politique. Comme en Belgique, aucun
gouvernement central na pu être constitué après les dernières élections
législatives, tenues là-bas le 3 octobre 2010.
Si lUE justifie le maintien du poste de « Haut représentant »
par les tensions entre communautés bosniaques, un protectorat nest cependant
pas synonyme de paix et stabilité. Le « Haut représentant », actuellement un
citoyen autrichien, Valentin Inzko, devrait se rappeler que le précédent
protectorat imposé à la Bosnie-Herzégovine par lAutriche-Hongrie sest achevé
par la Première Guerre mondiale et le démantèlement de lempire de Vienne
1. Ainsi se désignaient les Slaves de rite
musulman et d'expression serbo-croate de Yougoslavie. Durant la guerre, le parti
majoritaire (SDA) décida de rebaptiser sa communauté du nom de « Bosnjaci »,
traduit en français par « Bosniaques ». En français, cependant, ce terme désigne
également les habitants de toute la Bosnie-Herzégovine, indépendamment de leur
origine ethnique ou religieuse. Le double sens de ce mot fut à la base de
nombreuses confusions et entretint une vision biaisée du conflit.
Par manque de place, nous publierons dans la prochaine édition dAO la
suite de cet article, qui sera consacrée au sud de lex-Yougoslavie : Macédoine,
Monténégro et Serbie (y compris Kosovo).
Georges Berghezan
Sommaire
Salut aux manifestations
anti-Otan en Serbie
Le CSO se réjouit des manifestations contre lOTAN qui se
déroulent actuellement à Belgrade et salue chaleureusement chacun de leurs
participants.
Le CSO soutient la volonté de la population serbe,
massivement opposée à une adhésion à une organisation qui la bombardée,
tuant plus de 2.000 civils. Contrairement à la plupart des crimes de
guerre commis en ex-Yougoslavie, les crimes de lOTAN demeurent totalement
impunis. Pourtant, plus personne ne nie maintenant que le but de cette
opération était, non dempêcher une « catastrophe humanitaire », mais,
notamment, darracher par la force à la Serbie sa province du Kosovo.
Il est clair que lobjectif de la conférence organisée
par lOTAN à Belgrade les 13 et 14 juin est dinsidieusement favoriser un
rapprochement entre la Serbie et lorganisation atlantique. Il est
regrettable que le gouvernement serbe participe à un tel effort, en
violation de la politique de neutralité militaire officiellement en
vigueur.
 Banderolle sur
le pont sur la Save à Belgrade : « JAMAIS DANS L'OTAN
»
|
Sommaire
Ben Laden est mort, vive la
paix !
« L'annonce de la mort, ce 2 mai 2011, de l'homme le plus
recherché au monde a aussitôt provoqué une vague de joie aux États-Unis
».
C'est le président Barack Obama qui a solennellement annoncé la
mort « d'un terroriste responsable du meurtre de milliers d'innocents
». « Justice est faite », a-t-il lancé, à quelques mois du 10e
anniversaire des pires attentats de l'histoire américaine. Le 2 mai 2011 ...
17h41.
La mort d'Oussama Ben Laden est "un tournant" dans la
lutte mondiale contre le terrorisme, selon le secrétaire général des Nations
Unies, etc., etc.
« Historique » d Oussama Ben Laden
Il serait né en 1957, au Yémen, dans une riche famille
saoudienne détenant une fortune importante estimée à +/- 5 milliards $. Après
avoir fait des études commerciales et techniques à lUniversité du Roi Abdulazis
de Djeddah, Oussama Ben Laden aurait suivi lécole de Droit musulman (salafisme)
comme la majorité des étudiants Saoudiens.
De 1979 à 1989, alors que le Shah dIran est renversé par une
révolution qui place lAyatollah Khomeiny à la tête du pays, lURSS envahit
lAfghanistan et parallèlement, lislamisme commence à jouer un rôle politique
et idéologique populaire au Moyen-Orient.
Des moudjahids, soutenus par lArabie Saoudite, sengagent dans
la guerre en Afghanistan avec officiellement laide de la CIA. Ben Laden, chargé
par le prince saoudien Turki Al-Fayçal, organiserait une armée de combattants
volontaires pour se battre en Afghanistan, le siège étant installé à la
frontière pakistanaise, le prince cherchant parait-il à créer une «
internationale islamiste » au départ des Soviétiques. Ben Laden sinstallerait
donc à Peshawar doù il coordonnerait les militants volontaires, assurerait leur
formation militaire et idéologique. En 1989, son mentor et ami, le Palestinien
Abdallah Youcef Azzam est assassiné. Ben Laden se retrouverait à la tête de
lorganisation qui est à lorigine dAl-Qaida, Le djihadisme se développe mais
Ben Laden serait associé au salafisme (Arabie Saoudite) alors que la majorité
des moudjahids obéiraient à une idéologie tribale islamiste modérée. Le
commandant Massoud, fondamentaliste pas du tout modéré, aurait refusé toute
alliance avec Ben Laden qui se serait allié avec Gulbuddin Hekmatyar, chef
fondamentaliste des rebelles afghans, soutenu par le Pakistan, et qui était le
principal bénéficiaire des 3,3 milliards de dollars daide des USA (cf Chomsky),
une somme soi-disant équivalente provenant de lArabie Saoudite. En février
1989, les Soviétiques annoncent leur retrait dAfghanistan, lArabie Saoudite et
les USA mettraient fin à leur aide financière et logistique, le but étant
atteint : le départ des Soviétiques ! Mais cest sans compter sur Ben Laden qui,
après son retour triomphal en Arabie Saoudite, aurait proposé sa « milice » au
roi Fadh. En effet, il aurait redouté une invasion irakienne. Ce dernier ouvre
son territoire à larmée américaine. Ben Laden lui en aurait voulu et se serait
finalement allié avec des opposants wahhabites (Iran et Syrie). Ryad lui
attribue un attentat au Pakistan et une tentative de détournement davion entre
Karachi et Djeddah. En avril 1994, lArabie Saoudite décide de le priver de sa
nationalité. Ben Laden sinstalle au Soudan, à Khartoum de 1992 à 1996. Il y
fait quelques affaires (construction de routes). De 1993 à 1996, Ben Laden
aurait aidé des Bosniaques. Egalement il aurait perpétré une série dattentats,
au Yémen (contre des GIs), en France (GIA), une tentative dassassinat contre
H. Moubarak en Egypte. En 1996, Ben Laden aurait lancé un appel (djihad) à
attaquer les intérêts américains partout dans le monde, devenant un ennemi
recherché par les USA
.. Il se réfugierait en Afghanistan, passé entre temps
sous contrôle des Talibans..
Ensuite, la « communauté internationale » le recherche et les
attentats du 11 septembre déclenchent sa mise à mort ! Tout attentat dans le
monde limpliquerait
.. et les recherches de la CIA auraient échoué jusqu à ce
2 mai 2011, où il se fait abattre par un bataillon américain, dans son repère
transformé en « bunker » jamais repéré au Pakistan, à Peshawar !1
Une autre version de sa vie décrit quOussama Ben Laden, dès
1973, aurait était agent de la CIA, par lintermédiaire du prince Turki
Al-Fayçal dArabie Saoudite, ancien responsable des services de renseignement
saoudien et ancien ambassadeur aux Etats-Unis et qui était son protecteur. Mais
déchu par létat saoudien, quelques jours avant les attentats des tours jumelles
de New York, le 11 septembre 20012.
Notons enfin que la mort de lEnnemi n°1 Ben Laden avait déjà
été annoncée en 2001, suite à un grave problème rénal. Il ny a jamais eu de
photos de sa mort, ni en 2001, ni en 2011. A-t-il vraiment existé ? Nest-ce pas
un « leurre » tellement utile pour justifier des interventions armées de la «
communauté internationale », des lois dexception, etc
. ?
Sa succession est précisée depuis le 18.6: Ayman Al Zawahiri,
le numéro 2 dAl Qaida sest engagé à poursuivre, comme Oussama Ben Laden, la
voie du djihad contre lOccident, (déclaration de ce 9.6.2011). Mais, Al-Qaida
.existe vraiment ? La BBC la remise en doute3
.
Justice est faite ?
Si il y avait eu arrestation et jugement, « on » aurait pu
parler de justice mais
.la réalité est différente : en fait, comme lont dit
les Israéliens, habitués à ce genre dopération, les Etats-Unis ont réussi « une
opération de liquidation ciblée par excellence ». Celle-ci pouvait
éventuellement se justifier au nom de la lutte contre le n°1 du terrorisme mais
faut-il encore être certain que tout cela ait existé ! Juger une invention et la
filmer, cest difficile !
Laprès Ben Laden qui na peut-être jamais existé
Puisque le très méchant dangereux et cruel terroriste invisible
est mort dans son repère au Pakistan, Al Qaida aurait aussi perdu son chef. Je
mabstiendrai de répéter les commentaires qui sen sont suivis MAIS :
- Les armées secrètes de lOTAN, partout dans le monde, elles,
sont publiées4
- Le Pakistan continue, de fait, à ravitailler les forces
armées de lOTAN, forces impliquées dans la guerre dAfghanistan. Les
soviétiques partis en 1989, les forces de lOTAN, à la demande du conseil de
sécurité, s y sont installées en 2002 pour lutter contre
les Talibans, alliés
des USA (pendant la construction du gazoduc) et devenus ensuite des ennemis,
dautant plus quils étaient alliés à Ben Laden (quelle belle opportunité),
ennemi des USA à la tête de son hypothétique mouvement Al Qaida vous suivez
toujours ?
- Puisque linvisible Oussama Ben Laden est mort, pourquoi les
forces de lOTAN restent-elles en Afghanistan ? Pour les Talibans (eux existent
!), pour
la richesse du sous-sol ?
- Pendant ce temps : la souveraineté du Pakistan continue à
être bafouée en permanence, les civils paient au prix plein les erreurs des
drones, de laviation etc
.. Cen est au point que ce 30.5.2011, Hamid Karzai a
lancé un dernier avertissement à Washington, après lassassinat de 14 civils
dont 10 enfants dans une frappe aérienne américaine.
Quelques chiffres : coût total de la guerre en Afghanistan à ce
jour : 1700 milliards de dollars. (cf. bureau du Budget du Congrès
américain).
OTAN hors de lAfghanistan !!!!!
Francine Verstraeten
1. tiré de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oussama_ben_Laden
2. membres.multimania.fr/wotraceafg/ben_laden_cia.htm
3. www.voltairenet.org
4. www.french.moqawama.org
Sommaire
Nucléaire civil et militaire :
Le cas de la Sardaigne
Le polygone de la mort
Compte-rendu dune rencontre-débat à Bruxelles,
organisée par plusieurs associations italiennes et le MCP, et lICBUW
(association internationale pour linterdiction des armes à uranium appauvri)
Après une introduction et présentation générale de cette
initiative par les organisateurs, Mariella Cao a parlé de la situation en
Sardaigne, précisément à Salto di Quirra, baptisé LE POLYGONE DE LA MORT : on y
relève depuis des années, les contaminations dues à lutilisation darmes à
luranium appauvri et dautres éléments radioactifs. Celles-ci ont de graves
conséquences sur le territoire et lenvironnement, sur les animaux et les
personnes. Ce "polygone" est en fait un terrain de tests de bombardements où
sont essayées des armes les plus sophistiquées et meurtrières. Ces tests
provoquent une véritable hécatombe. On parle même du « syndrome de
Quirra », que lon peut comparer au « syndrome du Golfe », et au « syndrome
des Balkans » qui ont suivi les interventions militaires des États-unis et de
leurs alliés en Irak et en Yougoslavie.
En Sardaigne, il y a eu de nombreuses dénonciations, des
rapports de médecins vétérinaires, des mouvements des populations, la
mobilisation de plusieurs journaux et instances politiques et sociales.
Celles-ci ont abouti à une intervention de la magistrature, qui a ouvert une
enquête et décidé la mise sous séquestre de certains systèmes darmement et de
zones dopérations sur terre et en mer. Des enquêtes épidémiologiques ont
également eu lieu, des commissions denquête parlementaire ont obtenu des
résultats importants, tels que le renversement de la preuve sur le Ministère de
la Défense : cest à lui à démontrer que lutilisation de luranium appauvri ne
serait pas dangereux, et pas linverse. Mais le point essentiel pour lequel la
lutte se poursuit, est la reconnaissance totale des faits objectifs, tels que
les morts, les maladies, les malformations, ainsi que laffirmation du principe
de prudence. La seule chose concrète et sérieuse à faire cest un
moratoire sur les activités du Polygone, une étude sur les effets de tous ces
tests, lassainissement de toute la zone et le dédommagement des
victimes.
Ria Verjauw (ICBUW) a expliqué comment et où sont utilisées les
armes à uranium appauvri et quels en sont les effets. Une campagne
internationale est en cours pour interdire de telles armes. Un projet de
résolution de lONU a été rejeté en 2010 par les États les plus actifs dans
cette production et utilisation, les États-unis, la France, la Grande Bretagne,
Israël. Il faut rappeler que la Belgique est le premier pays qui a expressément
interdit , par une loi, toute activité liée aux armes à uranium appauvri. Il
faut que cette campagne se poursuive et sintensifie, avec la participation de
toutes les instances politiques et sociales possibles pour faire pression sur
les autorités compétentes, tant civiles que militaires.
Entre autres initiatives, il y aura en octobre prochain, une
audition publique au Parlement Européen, du Comité Sécurité et Défense sur le
rapport de la Commission Européenne à propos des armes à uranium appauvri. Il
est possible dobtenir une nouvelle résolution qui considère le cas de QUIRRA en
Sardaigne comme emblématique des effets nocifs de ces armes.
« Le syndrome de Quirra ».
Au cours de la moitié des années 50, lItalie, pour se refaire
une virginité après les années mussoliniennes, à accepté linstallation sur son
sol, de plusieurs bases militaires Usa. Il sagissait, pour une grande part, de
polygones servant à expérimenter de nouveaux armements, entreposer munitions et
carburants, et aussi à mettre en place et utiliser des systèmes radar à usage
despionnage.
Aujourdhui 60% de ces infrastructures se trouvent en
Sardaigne. Compte tenu du faible taux de population de lîle (69 personnes par
km), on peut comprendre que ces insulaires se sentent véritablement colonisés
par les armées, et victimes de toutes les nuisances qui sen suivent. Trois
grandes bases existent : Capofresco, Capoteulada et Salto di Quirra. Cette
dernière est considérée comme le polygone de tir le plus important dEurope.
A partir des années 90, lOtan, ainsi que de nombreuses firmes
darmement, commencèrent à faire de la Sardaigne leur champ dexpérimentation
de bataille privilégié. Armes de tout genre, mais aussi de missiles y ont été
expérimentés, dans de vastes étendues de terres entre la montagne et la mer
Plusieurs missiles, au dire de certains témoins, tombaient dans la mer sans
faire lobjet daucune récupération de la part des pollueurs. Seuls les
pêcheurs en trouvaient de temps à autre dans leurs filets.
Au début des années 2000, la leucémie tue, dune façon
foudroyante, deux militaires italiens : lun, vétéran de la guerre en Bosnie,
lautre, employé au polygone de Capo Teulada. Les Sardes commencent à entendre
parler de luranium appauvri et faire le lien avec ce qui se passe chez eux. Une
presse attentive, des parlementaires au service de leur population et le comité
Gettiamo le Basi (contre la présence des bases militaires) se lancent
dans des recherches et campagnes tous azimuts, créant des alliances avec les
familles de victimes militaires et les syndicats de larmée, qui demandent que
toute la vérité se fasse sur la dangerosité de telles armes.
On commence à parler de « Syndrome de Quirra », grâce aussi à
un courageux médecin qui, brisant la loi du silence des personnes travaillant
dans la base et de certaines autorités locales, dénonce une inquiétante montée
des cancers (Hodgkin, myélomes, leucémies) et met en garde la population contre
le danger qui provient de la base de Quirra. Petit à petit, les langues se
délient. Les vétérinaires ont dénoncé la naissance dagneaux malformés, les
familles des malades et décédés sexpriment publiquement, et des scientifiques
effectuent des analyses pour leur compte
Enfin, une commission parlementaire à
réussi à porter le débat au parlement italien sur le cas spécifique de Quirra,
sappuyant sur le fait que létat Italien avait déjà été condamné à payer
environ un million deuros aux familles de soldats morts de cancer après leur
retour de Bosnie.
En février 2011, un nouveau décès à Quirra (60 décès de cancer
sur 150 habitants) à attiré lattention du magistrat Monsieur Fiordalisi,
procureur de la République. Il a ordonné une enquête approfondie. Trois mois
plus tard, le procureur a déjà délivré des inculpations pour homicide
intentionnel, faux de documents officiels, détention et usage darmes de guerre,
violation de lenvironnement, faux en écriture
etc.
Et dire que, dans la Méditerranée, la Sardaigne était la région
où les personnes âgées vivaient le plus longtemps !
Quelques références pour de plus amples
informations :
gramscibxl.tripod.com
www.megachip.info
www.bandepleteduranium.org
Carla Goffi
Sommaire
Samedi 6 août 2010
Commémoration du 66e
anniversaire de la Tragédie de Hiroshima et de Nagasaki
Le monde sans armes nucléaires... Ce nest pas
pour demain !
Journée de commémoration, informations, réflexions, débats et
propositions daction
A lUniversité de Mons-Hainaut
Parc Hibakusha - Plaine de Nimy - Chaussée de Bruxelles
- Mons
11 h 00 : Accueil des participants au mémorial Hibakusha
11 h 15 : Allocation des différentes associations
11 h 45 : Dépôt de fleurs
Une minute de silence à la mémoire des victimes du nucléaire
12h 00 : Collation sur place
14 h 00 : Conférence-débat sur différents aspects du nucléaire
avec la participation de :
- Philippe de Salle, Président de lAMPGN
« Aspects
médicaux observés lors du dysfonctionnement nucléaire (civil et militaire)
»
- Henry Firket, Président dhonneur de lAMPGN
« La
crise économique et le coût des armes nucléaires »
- Georges Spriet, membre de VREDE
« La stratégie
nucléaire de lOTAN »
- Michel Wautelet, Professeur de lUniversité de
Mons
« Cours de terrorisme nucléaire »
Modérateur : Claudine Pôlet
(CSO)
Avec la collaboration de : AMPGN, CEAH, CNAPD, COLUPA, CSO, EUROPEFORPEACE,
INTAL, MCP, MIR-IRG, UMONS, VREDE, VREDESACTIE
Renseignements : 02 / 376 10 93
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sympathisants.
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