01.07.2011
Tu viens avec nous en Libye? Evidemment!









Tu viens
avec nous en Libye ? Evidemment !
29 juin 2011
Vendredi matin 18 mars 2011, mon radio réveil senclencha et j'eu directement droit à une interview avec le ministre des Affaires Etrangères Vanackere. Il trépignait d'impatience de pouvoir partir en guerre contre la Libye.
Et malgré que les deux premiers points de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l'ONU appèlent à une solution diplomatique, Vanackere ne parlait que du point 3 selon lequel toutes les mesures sont permises. Il était donc très clair à quoi on pouvait sattendre. Cela m'a rendu malade et j'ai juré.
La guerre me rend malade
Je ne sais pas ce que les gens ressentent lorsque lon bat les tambours de guerre, mais moi jen suis littéralement malade. Et quelques heures plus tard, après le débat au Parlement Belge, je ne me sentais pas mieux. Personne, je veux donc dire pas un seul membre du parlement, na voté contre ou sest abstenu lors du vote sur le soutien de la Belgique à la guerre. Et cela alors que les membres de notre parlement ont l'habitude de palabrer durant des mois avant de prendre une décision et sont à ce jour occupés depuis plus dun an à la formation d'un gouvernement.
Mercredi matin 8 juin, jai reçu un appel me demandant si je voulais aller en Libye. Comme le souligne Michel Collon : chaque guerre est précédée par des média-mensonges, cétait donc une occasion unique d'aller men rendre compte sur place. Je nai donc pas hésité très longtemps, et vendredi 10 juin nous sommes partis avec 4 autres belges en direction de Tunis, en Tunisie. De là, nous avons continué le samedi matin avec 9 autres participants internationaux en direction de Tripoli, un voyage en car de 17 heures. Pendant 3 jours nous avons participé à une mission dobservation et à une conférence sur la guerre et les droits de lhomme sur invitation de l Association des Avocats et Juristes de la Méditerranée.
Vas-tu soutenir Kadhafi ?, ai-je plusieurs fois entendu.
Jai fait partie de ce voyage afin de me rendre compte moi-même des conséquences
des bombardements de lOTAN sur Tripoli. Contrairement à Van Rompuy,
Sarkozy, Berlusconi, Obama ou Verhofstadt, qui étaient honorés de serrer la main
à Kadhafi lorsquil s'agissait de signer des contrats, je nai aucune
affinité avec Kadhafi. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne vais pas
m’opposer à une guerre de l’OTAN qui défend uniquement les intérêts
occidentaux. Surtout lorsque nous examinons le palmarès de lOTAN.
Sils bombardaient vraiment pour défendre les droits de lhomme ce qui me
semble déjà une contradiction en soi on peut alors trouver dautres adresses
comme lArabie Saoudite par exemple. Rappelons-nous lhistoire du
'bon' et 'mauvais' Arabe vers laquelle renvoie Mohamed Hassan lors de son
interview avec Michel Collon concernant lhistoire de la Libye. Un bon
Arabe se soumet aux intérêts occidentaux, contrairement au mauvais Arabe.
Lorsque Kadhafi était en France il y a quelques mois, il faisait encore partie
de la première catégorie, car il ne fut pas arrêté à lElysée, à présent il fait
partie de la deuxième.
Le calme règne dans la zone de guerre
Alors que nous approchions de la frontière Tunisie/Libye, la tension augmenta dans le car. Lun des participants Tunisiens de la délégation reçut un appel. Al Jazeera annonça qu il y avait des affrontements à Zawiyah, une ville située sur le chemin vers Tripoli. Après quelques minutes de discussion, il fut décidé de continuer notre chemin. Nous avons appris par la suite quun groupe de rebelles avait essayé doccuper la ville, mais ny était pas parvenu. Lorsque vers 3 heures du matin nous roulions à travers la ville, tout était très calme.
En chemin vers Tripoli, notre car fut quelques fois contrôlé par des policiers en uniforme. Nous n'avons aperçu ni char, ni matériel militaire lourd. A Tripoli également, tout était remarquablement calme. Pas de soldats ni de tanks dans les rues. Les bazars étaient agréablement animés. De petits bus de transport faisaient des allers-retours et les gens étaient à la plage. Pas tout à fait une situation de guerre comme je me létais imaginée. En tout cas, pas une ville qui pourrait tomber à chaque moment, comme nous le fait croire lOTAN lorsquils parlent de la période post-Kadhafi. Pourtant, les habitants de Tripoli avaient quand même peur. La ville est régulièrement bombardée et ils peuvent donc en être victime à chaque instant.
LOTAN part en guerre
Pendant 3 jours, nous sommes restés à Tripoli et nous
pouvions nouer des contacts. Entre les conférences et les visites organisées,
nous nous sommes rendus seuls en ville en reconnaissance. Les réactions des gens
avec lesquels nous parlions étaient toujours les mêmes. Aussi bien le
représentant des clans en Libye, la communauté africaine en Libye, les
propriétaires de magasins, les étudiants et lhomme de la rue nous ont confirmé
leur soutien au gouvernement. Tous condamnaient lattaque de lOTAN qui nest là
que pour « voler les richesses Libyennes ». Et malgré quun certains dentre eux
étaient également critiques vis-à-vis du gouvernement, ils nencensèrent pas
pour autant les rebelles quils qualifient unanimement comme : Al Qaeda,
maffieux, opportunistes, .... Depuis le début, il sagit dune rébellion armée
qui a commencé en Occident. Ils nont aucune confiance dans les
leaders de la rébellion qui ont combattu en Afghanistan contre loccupation des
Etats-Unis, ou dans des opportunistes qui se trouvaient auparavant dans le
gouvernement et qui font tout à coup volte-face.
Au même moment, ils nous mettent en garde - nous Européens - du fait qu'en cas de victoire des rebelles, la Libye deviendrait un pôle dattirance pour les extrémistes religieux, du Mali au Soudan. LEurope ne doit pas sétonner que de cette nouvelle Libye, des attentats soient planifiés contre lEurope. La Libye va être tiraillée entre des guerres de clans, entre Arabes et Africains. Le développement du pays et de toute lAfrique du Nord sera miné. La Libye soriente plus vers lAfrique que vers le monde Arabe et les 4.000.000 d'étrangers en Libye ont génèré jusquau début de la guerre, des ressources pour les pays voisins. Ils nous ont mis en garde contre la "Somalisation" de la Libye, ce qui finalement déstabilisera toute la région.
LOTAN avait espéré que le régime libyen sécroulerait de lintérieur. LOccident savait probablement que les ministres de la Justice, des Affaires Etrangères et Intérieures, et dautres diplomates retourneraient leurs vestes. Néanmoins, le gouvernement tient toujours bon et lOTAN se retrouve avec un fameux problème. A Tripoli, les gens nous ont confirmé que la population avait été armée (note de RoRo: donc par le régime de Kadhafi). On parle de 2.000.000 armes qui ont été distribuées. Ce ne sera donc pas évident pour lOTAN de contrôler Tripoli. Sûrement pas sils ne comptent que sur les rebelles, qui ne font plus aucune avancée depuis des semaines et ce malgré laide des bombardements de lOTAN.
Cibles civiles et infrastructure
Sur ces 3 jours, nous avons pû visiter lancien centre de
la ville, lAcadémie, La Place Verte, le Bab Al Azizia et la maison bombardée du
fils de Kadhafi. Chacune de ces places est une cible ou peut en devenir une,
pour lOTAN. Dans le centre ville, nous avons visité tous les jours le souk et
avons discuté avec les commerçants. Quelques jours plus tard un autre souk fut
bombardé. Nous avons également visité lAcadémie. Des étudiants y suivent une
formation afin dobtenir un master ou un doctorat en langues ou en sciences. Le
même jour, lOTAN bombarda luniversité de Al Fatah à Tripoli. Lors du
bombardement du 30 avril sur la maison de Saif Al-Arab, le fils de Kadhafi ainsi
que trois de ses enfants sont morts. En 1986, les Etats-Unis ont bombardé Bab Al
Azizia, la résidence de Kadhafi. Aujourdhui cest une place centrale où les
Libyens viennent montrer leur soutien au gouvernement. On y trouve de nombreuses
familles et des étrangers venus de toute lAfrique. Depuis le début de la
guerre, le 19 mars, cette place a été déjà bombardée à trois
reprises.
Il apparaît que lOTAN bombarde des cibles civiles et des infrastructures à Tripoli, ce qui est illégal, même selon la résolution 1973. Les Tripolitains nen sont pas pour autant découragés et sopposent encore plus fort contre lOTAN. Sur la Place Verte centrale, peu après notre départ - le 17 juin (4 mois après le début de la rébellion) - des centaines de milliers de Libyens se retrouvèrent pour exprimer leur soutien au gouvernement. Ce qui fit dire au journaliste de la chaîne CNN ... this crisis in Libya isn't ending any time soon.
Le Hold-up du siècle
Avec les participants à la conférence nous avons eu le temps danalyser les enjeux de la guerre et déchanger nos opinions. Lindépendance de la Libye, qui n'a pas d'emprunt auprès de la Banque Mondiale ou du FMI, exaspère l'Occident. Ce que je ne savais pas cest que la Libye possède plus de 143 tonnes dor (valeur de +/- 4,8 milliard deuro). Une quantité non négligeable dans des temps de crise financière. Cette attaque de lOTAN s'avère ainsi être le hold-up du siècle. La Libye est également la force motrice pour létablissement dune banque Africaine de développement et à plus long terme, elle pense aussi à une monnaie unitaire Africaine. Ce nest pas pour rien que la Libye est appelée la mère de lAfrique. La guerre devient donc une nouvelle guerre coloniale qui menace lindépendance des pays Nord-africains et menace par extension toute lAfrique. Noublions pas que lAfrique est un continent très riche. Étant donné que les relations entre la Libye et le reste de lAfrique sont très solides, il est logique que la Libye reçoive à ce titre laide des pays voisins. C'est ainsi qu'il y a des allers-retours de camions entre la Tunisie et la Libye. Il en est de même avec lAlgérie et le Niger.
Tout le monde était daccord pour dire que lOccident
convoite aussi le pétrole (9e au monde sur le plan des réserves avérées), le gaz
(23e) et l'uranium. Dans le même temps, lintervention militaire menace aussi
les révoltes populaires en Tunisie et en Egypte. Il était clair pour tout le
monde que la rébellion en Libye nest pas comparable avec ces révoltes et veut
obtenir exactement le contraire. Loccident veut à tout prix éviter un front
indépendant « Tunisie-Libye-Egypte ». Cela menacerait leurs intérêts
géostratégiques dans la région. Le canal de Suez doit rester accessible et
Israël ne peut être menacé.
Et enfin encore ceci : noublions pas que la Libye est un des nombreux pays qui coopère actuellement avec la Chine, lInde, le Brésil,.... Le monde unipolaire, dans lequel les Etats-Unis déterminent ce qui se passe dans le monde, est en train de changer vers un monde multi-polaire. La crise économique touche surtout loccident et la force économique des Etat-Unis sen trouve défiée. Obama fait donc tout ce quil peut pour ne pas perdre la position dominante des Etats-Unis. Néanmoins il apparaît quil y a à présent un vent contraire. Aux Etats-Unis, une dizaine de membres du congrès contestent la légalité de cette guerre. A lintérieur de lOTAN, les oppositions augmentent du fait que la guerre se prolonge plus que prévu et que l'addition, surtout pour la France, augmente considérablement. Pour la Belgique le problème nest apparemment pas le même. De Crem vient dannoncer que la Belgique pourra honorer son engagement en Libye pendant une durée indéterminée, même si la facture s'élève déjà à 5.000.000 euro par mois. (Note de RoRo: pour leurs sales guerres impérialistes et colonialistes, il y a toujours du fric. Pas besoin d’ organiser des collectes parmi la population et recourir à la mendicité publique organisée!)
Alors « diplomatie » quand-même ?
Il apparaît que ce que notre ministre Vanackere et nos
parlementaires nont jamais voulu, est quand même en train d'arriver. Comme les
articles 1 & 2 de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l'ONU le
demandent, des initiatives diplomatiques émergent de partout afin de mettre un
terme à la guerre. Il
y a déjà des contacts entres les autorités Libyennes et les rebelles. La
Russie demande depuis longtemps de laisser faire le travail diplomatique ; Amr
Mousa de la Ligue Arabe appelle à un cessez-le-feu et à une solution politique.
« Last but not least », Groen ! demande un-cessez-le-feu temporaire (temporaire
????). Ils sinspirent peut-être des déclarations de Robert Gates, ministre de
la Défense des Etats-Unis, sur la guerre en Afghanistan : Cette sorte de guerre
se termine généralement par des pourparlers. On peut douter du fait que
lOccident et les rebelles vont sinscrire dans ces propositions. Les
propositions venant du Venezuela, de la Turquie et de lUnion Africaine avaient
déjà été rejettées auparavant. De plus, la proposition du gouvernement Libyen
dorganiser des élections a peu de chance daboutir. Tout comme en Palestine, ce
ne seront probablement pas nos hommes qui gagneront.
A la recherche dinformations
De retour en Belgique, un tel voyage vous poursuit. Je me suis donc mis immédiatement à la recherche de plus dinformations sur la Libye. Ce nest pas évident de trouver des informations qui némanent pas des médias Occidentaux, dAl Jazeera, ou des médias libyens (oui, ils existent). Je suis ainsi tombé sur ce rapport récent : Libye : Un avenir incertain - Compte-rendu de mission dévaluation auprès des belligérants libyens, dune mission dobservation française indépendante. Pour être honnête, jétais assez déçu après lavoir lu. Non pas à cause du contenu, mais soudainement je navais plus rien à raconter de mon voyage. Le rapport, écrit par des experts indépendants, compte 44 pages et traite de toutes les facettes de la guerre en Libye. Un « must » pour tout un chacun qui veut juger de la situation en étant bien informé.
Et avant doublier : cette guerre na rien à voir avec les droits de lhomme. Vous vous en doutiez déjà, non ?
Source : INTAL
Investig'action
10:18 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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