14.07.2011
francofolies ou françaphonie? billet d'humeur
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G. Gastaud
« FRANCOFOLIES » ou FRANçAPHONIE ?
APPEL A LA RESISTANCE LINGUISTIQUE ET CULTURELLE.
Par Georges Gastaud[1]
Il se prénomme Kévin et à défaut de ménager la langue française, il « manage » les Francofolies de La Rochelle avec lassurance dun petit commercial bardé de certitudes vendeuses. Et il nous apprend, sans que France-Info qui linterroge ce 12 juillet ne linterpelle sur sa politique linguistique suicidaire, que le festival de La Rochelle, qui fut longtemps un bastion de la création francophone et de la vraie diversité, a de nouveau programmé cet été une série de chanteurs « français » qui, reniant la langue de Brassens, de Ferrat, de Léo, de Vigneault, de Brel et de Barbara, mais aussi de Pottier et de Clément (LInternationale et le Temps des cerises nont pas été écrits en anglais que lon sache !) , sexpriment dans lunique idiome estampillé par la mondialisation capitaliste, par les « majors » de lindustrie culturelle, par le snobisme des milieux bobo, avec à larrière-plan, les giga-prédateurs de limpérialisme états-unien.
Cerise sur le gâteau (pardon : last but not least), France-Info nous apprend, sans faire le moindre commentaire, que les Francos 2011 ont choisi le 14 juillet pour mettre principalement en vedette des chanteurs anglophones ! Le 14 juillet, cest-à-dire un jour où lon célèbre encore, dans certains coins reculés de lhexagone, ces bricoles ringardissimes que sont la prise de la Bastille, la fête nationale et la devise liberté, égalité, fraternité... Sir Kevin ne nous dit pas si, à loccasion de cette minable provocation, tout-à-fait digne de notre étrange pays partagé entre la xénophobie dEtat et lautophobie nationale, la Marseillaise sera enfin traduite dans lunique idiome qui vaille désormais aux yeux de l« élite mondialisée » : si tel était le cas, on propose de traduire le very shocking appel révolutionnaire « Aux armes citoyens ! » par « God save the Queen ! », ou mieux encore, par « In God we trust ! », comme il est cyniquement écrit sur chaque billet d1 dollar...
Certes, pour ménager les vieux routiers des Francos, on a demandé à B. Lavilliers et à quelques autres VRAIS créateurs francophones de cautionner ce festival à la dérive. Dame ! il faut bien justifier à la marge lintitulé des Francos et sans doute, les subventions publiques (?) toujours bonnes à prendre que facilite ce type de dénomination menteuse Marianne est bonne fille et les institutions de la Francophonie sont décidément bien apathiques, pour ne pas dire plus !
Bien entendu, on nous rétorquera quil faut être « ouvert », « moderne » et « pluriel » : ce sont ces trois adjectifs-choc quavancent systématiquement les dominants quand ils entreprennent de casser un acquis social, un patrimoine culturel ou une conquête démocratique. Car le « pluralisme » commande évidemment quen France on chante (de moins en moins ) en français ET DE PLUS EN PLUS en anglais, quen Italie on chante (encore un peu) en italien ET TOUJOURS PLUS en anglais, quen Allemagne on (ne) chante (presque plus !) en allemand ET ENORMEMENT en anglais, pour ne rien dire des chansons suédoise, flamande, norvégienne, etc. déjà réduites à létat de folklore ! CA, cest du pluralisme et de l « ouverture » ! Dautant plus que, pour parfaire ce « pluralisme » linguistique à sens unique, les bacheliers doutre-Manche et doutre-Atlantique ne sont désormais plus tenus dapprendre une langue étrangère et que les créations culturelles non-anglophones sont méthodiquement barrées par les médias anglo-saxons !
On nous dira naturellement que « cest la liberté ! », que « les gens font comme ils le sentent », et autres pseudo-évidences que matraque à longueur dannée la pensée unique néolibérale : mais sous le masque de la « concurrence libre et non faussée » grignotant l « exception culturelle », se dissimule en fait le diktat de monopoles capitalistes mondiaux qui installent patiemment, -qui plus est sous le nom de « liberté »-, la première méga-dictature de lhistoire qui sera bientôt parvenue à éliminer tout « ailleurs » géographique ou mental. Libre aux médias de cacher aux bonnes gens que les maîtres du CAC 40 (du « caca-rente » ?), que les eurocrates bruxellois, que le gouvernement Sarkozy, les Chatel, Pécresse, Kouchner, Lagarde et Cie, font tout pour nous imposer la langue unique de la maternelle à luniversité en passant par lentreprise, où des salariés en sont réduits à engager laction syndicale pour obtenir le droit élémentaire de travailler en français en France ! Cest le Baron Seillères, ex-patron du MEDEF et ex-président du « syndicat » patronal Business-Europe qui la proclamé en 2003 au nez et à la barbe de Chirac : langlais doit rapidement devenir LA « langue des affaires et de lentreprise » de toute lEurope[2] ! Ce qui signifie en clair que toute autre langue est condamnée à mort dans lespace public. Dans ces conditions, il est triste que tant de pseudo-« créateurs », dont beaucoup se croient sincèrement contestataires (la bonne conscience ne coûte pas cher !) obtempérent en toute inconscience aux ordres du Big Brother « managérial » : la servitude nest jamais si totale que lorsquelle reste invisible aux esclaves, quelle sinstalle aux cris de « vive la liberté ! » et quelle dispose des moyens de censurer et de stigmatiser les rares voix dissidentes qui osent encore dire « non » et non pas, à longueur de journée, « yèèèèèès ! » et « OK »
Cest pourquoi lami de la chanson francophone, des luttes anticapitalistes, du droit des peuples à disposer deux-mêmes, et de la diversité culturelle que je suis, suggère aux hommes et aux femmes qui veulent résister à la langue unique, à la culture unique, à la pensée unique, à léconomie unique, en un mot, à labrutissement généralisé, de
a) réclamer que les Francofolies aient la pudeur de changer de nom ; leur intitulé actuel frise la pub mensongère et nutilise le clin dil à la francophonie que pour mieux installer le monopole musical de langlais dans la jeunesse tout en « folklorisant » en douceur lextraordinaire héritage poétique et chansonnier de notre pays ;
b) exiger quaucune subvention publique ne soit désormais accordée à des spectacles dans lesquels des chanteurs français chantant en globish collaborent à lentreprise totalitaire de banalisation du tout-anglais ;
c) De réfléchir aux moyens nécessaires pour mettre en place un vrai festival francophone indépendant du « chobiz » et dun gouvernement UMP traîtreusement acquis au tout-anglais. Un festival ouvert à tous les pays francophones dans la diversité de leur parler-français, à tous les usages du français, des plus savants aux plus populaires, mais aussi aux chansons en occitan, en basque, en breton, en corse, en catalan, etc., sans oublier les langues de limmigration : arabe, berbère, wolof, chinois, etc. Un festival qui naurait pas pour but principal le fric, la com et lauto-reproduction dun appareil commercial sabritant derrière les mots « jeunesse » et « ouverture culturelle », etc. Un festival qui ferait le lien entre la défense de toutes les langues de France et du monde, et la résistance antifasciste, antiraciste, anti-impérialiste, au monstre impérialiste et totalitaire qui, sous le nom faisandé de mondialisation, impose partout le despotisme sans rivage de loligarchie financière, fût-elle fardée de couleurs « flashy » et « internationalistes » par tous les colla-bobos de France et dailleurs.
d) De mettre sur la sellette, à loccasion des prochaines échéances électorales, tous les politiciens qui, par incurie ou par calcul, collaborent en tous domaines, -enseignes commerciales, entreprise, recherche, médecine, université, lycées et bientôt école maternelle-, au viol en réunion de larticle II de la Constitution : « la langue de la République est le français », sans parler de la loi Toubon de 1994, votée à lunanimité par le parlement, et quotidiennement violée dans la plus parfaite indifférence des autorités constituées.
Cet appel sadresse dabord aux amis de la langue et de la chanson françaises, notamment aux écrivains, aux poètes, aux musiciens Mais il interpelle aussi le travailleur, le jeune de milieu populaire, lenseignant, le démocrate, le républicain, linternationaliste véritable. Car la langue française demeure encore à ce jour le premier service public (gratuit !) de la République française et des autres pays francophones ; et bien quattaquée de toutes parts, elle constitue encore une digue solide contre le totalitarisme linguistique, contre la marchandisation de la culture et contre lidéo-formatage mondial : si le français finit par sécrouler, quelle langue, quelle culture, quelle chanson ne seront-t-elles pas englouties par le raz-de-marée impérial du tout-à laméricain ? La marginalisation planifiée de notre langue est porteuse dénormes discriminations contre les couches populaires de tous les pays, et dabord contre la jeunesse que lon gave de sous-produits culturels en globish ; plus généralement, la « langue » unique porte en elle le risque dune disparition rapide de toutes les langues (y compris de langlais en tant que langue porteuse dhistoire et de civilité) et de la culture elle-même ; car langues et cultures nont jamais prospéré que dans et pour léchange : mais quels échanges subsisteront-ils vraiment quand laltérité linguistique aura définitivement sombré, quand, politique de substitution linguistique des Franco-Déni, du grand patronat et du gouvernement « français » aidant, la chanson française sera à jamais devenue un « fait exotique » dans notre propre pays ?
(1) Je ne vois aucun inconvénient à ce que les Franco invitent à loccasion des anglophones issus de pays anglophones ; sans toutefois les survaloriser : car sauf exception, on ne peut attendre aucune réciprocité outre-Manche ou outre-Atlantique- pour des chanteurs francophones, germanophones, etc., à loccasion de très grands évènements culturels et médiatiques
FRANCOFOLIES.docx
09:26 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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