15/04/2017

Le nombre de malades de longue durée augmente sans cesse. La ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld) veut l es obliger à reprendre le travail,...

 

Sarah, Yasmine, Jurgen : ces malades dans le viseur de Maggie De Block

Photo Stock LIBPhoto Stock LIB

14 Avril 2017

Tim Joye

Le nombre de malades de longue durée augmente sans cesse. La ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld) veut les obliger à reprendre le travail, mais elle ne s’en prend pas du tout aux causes, comme la pression croissante du travail. Témoignages des principaux intéressés.

Travailler plus longtemps, flexibilisation, licenciements... Dans les maisons médicales de Médecine pour le Peuple (MPLP) aussi, les médecins en sont témoins. Depuis plusieurs mois, ils tiennent un « Livre noir : les récits du monde tel qu’il est » et montrent une tout autre réalité que les affabulations de certains politiciens dans les médias. Non, la plupart des malades de longue durée ne sont pas des profiteurs. Souvent, leur maladie est directement liée au travail qu’ils font. Les contrôles se durcissent, certains perdent injustement leur allocation. Pour remettre les gens au travail, le premier problème réside souvent chez l’employeur. Et là, le patient est tout à fait seul et impuissant. Face à une telle injustice, le soutien des médecins de MPLP peut faire la différence. Voici quelques récits en provenance de la maison médicale de Hoboken. 

Sarah et son accident de travail

Docteur Filip : « Ma patiente Sarah a 55 ans et cela fait des années qu’elle travaille dans une entreprise, où elle est la seule préposée au nettoyage. Elle a rarement été malade. Et, quand elle l’était, elle continuait à travailler. Il y a un an et demi, elle a eu un accident de travail – une entorse à la cheville – si bien que, pour la première fois, elle a été obligée de rester chez elle pendant plus longtemps. Au bout de six mois, l’assurance des accidents de travail a décidé de ne pas la payer. Elle n’a plus reçu d’allocation. De son employeur non plus, elle n’a pas reçu la moindre aide et, avec cette cheville fragile, il préférait ne plus la voir. Elle a fini par tomber en dépression. Après un an d’incapacité de travail, la mutualité a décidé de ne plus la reconnaître comme inapte au travail, mais elle ne pouvait plus non plus retourner à son boulot. L’employeur a dit qu’il n’avait pas de travail adapté pour elle, mais a refusé de rédiger une attestation en ce sens. Il ne voulait pas non plus la licencier afin de ne pas devoir lui payer une prime de licenciement. Des mois durant, Sarah n’a donc reçu aucune indemnité du fait qu’elle ne pouvait pas s’inscrire à l’Office national de l’emploi (ONEm), en raison de l’absence des documents adéquats émanant de l’employeur. Après plusieurs interventions de la famille et du syndicat, l’employeur a finalement transmis les papiers nécessaires et, désormais, Sarah reçoit une allocation de chômage. Pendant tout ce temps, elle a eu besoin de traitements médicaux, mais elle n’était pas à même de les payer. Les douleurs perdurent, mais ses problèmes psychiques ont régressé du fait que son insécurité a été résolue et qu’elle-même a eu le courage de suivre une nouvelle formation. »

Yasmine et ses années de douleur

Docteur Barbara : « Les douleurs de ma patiente Yasmine durent depuis très longtemps. Elle est encore assez jeune (34 ans) mais cela fait cinq ans qu’elle a des problèmes de dos. Les douleurs empirent progressivement, de sorte qu’en dernier recours, elle vient me consulter à propos de ses graves problèmes lombaires. Elle aime son travail de mère accueillante, mais estime qu’il est très mauvais pour son dos. En permanence, il lui faut prendre les enfants dans les bras, se baisser, etc. Depuis qu’elle a accouché de son petit garçon, elle se sent encore plus épuisée. 

Il y a un an, on lui a diagnostiqué une hernie. Les infiltrations qu’elle a reçues dans le dos ne l’ont guère soulagée. La douleur s’est encore intensifiée quand elle a eu une inflammation à l’une des articulations entre la hanche et le dos. Je lui ai demandé si elle voulait aller à une école du dos, dans un service de médecine physique pas trop loin de chez elle. 

Elle y va, mais son état général s’est aggravé car, pendant cette revalidation, elle s’est fait une déchirure à l’épaule droite. Désormais, la revalidation progresse bien plus lentement. Elle est en congé de maladie, mais le médecin conseil de sa mutualité l’a dernièrement déclarée apte au travail. Il sait pourtant tout ce qu’elle a enduré et qu’elle est encore en traitement. Il est au courant, en plus, qu’une intervention chirurgicale est prévue à son épaule droite, ce qui ne l’empêche nullement d’ironiser : « Peut-être pourriez-vous aller distribuer des amendes aux voitures mal garées », lui a-t-il dit.

Yasmine a très mal pris cette phrase, car elle aimerait vraiment continuer à exercer son métier. Elle a par ailleurs toujours très mal et il lui est donc impossible de reprendre ses occupations.  

À la maison médicale, nous décidons de faire appel contre cet avis de reprise de travail. Les douleurs dorsales sont toujours présentes et on peut craindre une aggravation. Selon le médecin conseil, elle serait apte au travail. Ce médecin ne ferait-il pas mieux d’aller distribuer lui-même des amendes ? » 

Jurgen et son année de m...

Docteur Tim : « Si quelqu’un peut parler d’une année de malheur en évoquant 2016, c’est bien mon patient Jurgen. J’ai fait sa connaissance il y a près d’un an, quand sa femme a été licenciée parce qu’elle était enceinte. Le choc a été tel qu’elle en a fait une dépression. La grossesse s’est mal déroulée et, de plus, Jurgen a eu une crise de psychose à l’époque même de l’accouchement. Après une recherche très difficile d’aide psychiatrique appropriée, il a pu finalement être admis quelque part à l’automne. J’étais vraiment content pour lui. Quelques semaines plus tard, il pouvait rentrer chez lui. Je l’ai tout de suite vu dans son regard : l’ancien Jurgen était bel et bien de retour. Mais il lui en coûtait tout un cocktail de médicaments. Six en tout. Un pour les hallucinations, un pour se calmer, un pour dormir... Ce qui fait qu’en fin de journée, il se sent épuisé. C’est pourquoi j’ai demandé au médecin du travail s’il pouvait reprendre le travail mais en étant provisoirement exempté de la dernière pause, qui commence en soirée. Une semaine plus tard, Jurgen revenait chez moi, désemparé : son employeur avait décidé de ne pas tenir compte de l’avis. Jurgen avait le choix : ou bien il acceptait quand même de travailler la soirée, ou bien il recevait son C4 pour raisons médicales. Jurgen aime son travail qu’il exerce depuis huit ans déjà. Et il a également besoin d’argent. Avec leur quatrième enfant qui vient de naître et le licenciement de sa femme, ils ne peuvent s’en sortir avec sa seule allocation de maladie. Une seule option, donc : réduire les médicaments et aller travailler la soirée quand même. En espérant qu’il tiendra le coup... »

Lisez plus : www.maladeslongueduree.be.

Article publié dans le mensuel Solidaire d’avril 2017Abonnement.

 

18:00 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |