23/02/2008

Nous n’allons pas travailler seulement pour payer nos factures

« Ne dramatisons pas l’inflation ! L’inflation n’est pas insupportable», a affirmé la semaine dernière Guy Quaden, patron de la Banque nationale. « La baisse du pouvoir d’achat, ce n’est pas un problème, c’est une impression des gens», a ajouté le patron des patrons Pieter Timmermans (FEB)1.

20-02-2008

Ce n’est pas pour des histoires de coeur, mais bien pour une hausse du pouvoir d’achat que travailleurs et travailleuses sont descendus dans la rue le 15 décembre 2007. Souvent avec humour. (Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia)

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Ces messieurs devraient peut-être lire les plus de 3800 témoignages qui se sont déversés ces derniers jours sur le site de la pétition initiée par le PTB www.6pourcent.be : « Nous n’allons bientôt plus travailler que pour payer nos factures », écrivent plusieurs. « Depuis toutes ces hausses de prix, j’ai encore un bon bout du mois à tirer quand je suis à la fin de mon salaire », écrit un ouvrier. « Avec l’index, notre pension a augmenté de vingt euros par mois. Mais les coûts ont, eux, augmenté de centaines d’euros par mois. Le docteur, le loyer, la nourriture, le gaz, l’électricité. Nous sommes devenus une vache à lait du gouvernement », écrit une pensionnée. « Nous devons mettre 360 euros en plus sur la table mais notre salaire n’augmente pour ainsi dire pas. Cela ne peut plus durer. Nous voulons pouvoir vivre humainement et décemment », conclut un internaute.

La hausse de l’inflation (qui a atteint sur base annuelle le taux record de 3,45 % en janvier) est bien réelle et insupportable pour une grande partie de la population. Pourtant, Quaden et Timmermans persistent et signent. Ils lancent les derniers chiffres de la Banque nationale : le revenu disponible des ménages aurait augmenté en termes réels de 2,5% en 2006-2007. La lecture du rapport détaillé de la Banque nationale offre toutefois une vision très différente. « Les hausses salariales réelles convenues en commissions paritaires sont demeurées limitées à 0,2%, un pourcentage en recul par rapport à celui enregistré les deux années précédentes.»

S’il y a eu une augmentation de revenus, elle ne touche qu’une partie limitée des salariés comme ceux qui ont bénéficié de la réforme fiscale (qui a surtout concerné les plus hauts revenus) ou ceux qui ont reçu des primes liées aux résultats de leurs entreprises (souvent les cadres).

Cette contre-offensive patronale n’est pas innocente. « Je demande l’arrêt des grèves », exige le patron des patrons, qui veut arrêter la remise en cause de la modération salariale par la vague d’actions de ces dernières semaines, surtout au Nord du pays.

Si Timmermans parle de « seulement 5 à 10 % réellement concernés par la baisse du pouvoir d’achat », c’est pour que le gouvernement n’envisage pas, lors du débat sur le budget, une baisse générale de la TVA sur l’énergie, financée par les géants du secteur. « C’est très populiste de faire payer les patrons », affirme-t-il. Ce n’est pas populiste, c’est tout simplement crucial pour alléger nos fins de mois, M.Timmermans. Et nous allons encore redoubler la pression sur les ministres réunis ce week-end en conclave, en faisant signer plus largement encore la pétition www.6pourcent.be.

1 Le Soir,

13:06 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

13/02/2008

Conditions de travail sur les chantiers...

Chantiers Charleroi :: 90 % de contrats illégaux et cinq euros de l’heure

Descente syndicale sur le chantier de l’hôpital de Charleroi à Lodelinsart, le 24 novembre dernier. En cause, le travail au noir de travailleurs étrangers.

Germain Mugemangango
13-02-2008

Chantier du nouvel hôpital de Charleroi à Lodelinsart. (Photo Solidaire, Salim Hellalet) .

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Nous avons rencontré Carlo Briscolini, secrétaire régionale adjoint centrale générale FGTB Charleroi et Marc Moreau, secrétaire régional CSC bâtiments industries pour explique le sens de leur demande.

 

Que se passe-t-il sur le chantier de l’hôpital de Charleroi ?

Carlo Briscolini. Le chantier de l’hôpital civil de Charleroi est un immense chantier où deux cents travailleurs sont occupés de manière permanente dont cent à cent cinquante travailleurs dans le cadre du détachement (voir plus bas, ndlr). La plupart sont des Portugais sous-payés. En Belgique, le manoeuvre a un barème de 11,60 euros de l’heure au minimum. Dans l’ensemble des manoeuvres et travailleurs qualifiés, il y a 90 % de contrats illégaux. Ils gagnent entre 5 et 9 euros de l’heure. Ils n’ont pas les autres avantages sociaux du secteur. Cela fait des marges bénéficiaires gigantesques.

C’est connu de tout le monde que les règles ne sont pas appliquées. L’inspecteur des lois sociales de Charleroi devrait pouvoir aller voir les vraies fiches de paie au Portugal pour voir ce qui est effectivement payé mais il ne peut pas le faire. Après l’Europol judicaire, il devrait être possible d’avoir une Europol sociale. Mais ici, il s’agit d’un client public. Il s’agit de l’intercommunale (ISPPC) présidée par le MR Olivier Chastel. Un tel client devrait être moralement plus responsable qu’un privé.

Marc Moreau. Il y a 170 00 ouvriers qui travaillent dans la construction. On estime qu'il faut y ajouter 50 000 polonais dont la plupart travaillent illégalement. C’est un phénomène grandissant qui s’attaque à la sécu, à l’emploi. Même ceux qui travaillent légalement sont payés moins cher. Les prix des marchés sont tirés vers le bas. L’entreprise honnête est poussée à ne pas respecter la loi. Ou alors, elle paie moins cher ses travailleurs de manière illégale.

 

D’où vient le problème ?

Carlo Briscolini. C’est le résultat d’une directive européenne dite de détachement. C’est l’utilisation de travailleurs qui viennent pour un travail spécifique et une durée spécifique. C’est une problématique qui frappe les travailleurs au niveau européen. C’est très répandu dans la construction.

Il y a des règles. L’élément essentiel est qu’on doit appliquer les conventions collectives de travail et les salaires du pays qui donne le travail. Dans le cas du chantier de l’hôpital, il s’agit bien sûr de la loi belge en la matière. On s’aperçoit depuis un certain nombre d’années que cette partie de la législation est bafouée de plus en plus. Ce qui entraîne dans toute l’Europe une dérégulation du marché. Il y a même une pression pour que les entreprises honnêtes ne respectent plus les règles. C’est parfois le seul moyen d’obtenir le marché.

À côté de ça, l’administration et le contrôle des lois sociales sont sous équipés en matière de personnel et de moyens pour aller jusqu bout des enquêtes. Nous menons une campagne plus globale à Charleroi sur le sujet. Une fois par an nous tentons de détecter un certain nombre de chantiers qui présentent des signes fraude. Nous faisons l’action pour signaler entre autres ces entreprises à l’inspection sociale.

Marc Moreau. À Lodelinsart, le donneur d’ordre public a fait la sourde oreille. En Belgique, le client n’est pas tenu responsable de ce qu’il se passe sur le chantier. La seule obligation qui lui incombe c’est qu’il doit désigner pour les chantiers publics un fonctionnaire qui doit aller sur le chantier tous les jours vérifier la légalité des travailleurs. Dans les faits ça ne se fait pas. Il y a tellement peu de fonctionnaires que ce n’est pas possible. C’est donc une obligation qui a été complètement abandonnée.

Nous aimerions inclure dans la loi une responsabilité solidaire pour ce qu’il se passe sur le chantier comme infraction sociales. Les grands clients n’en veulent pas et les entreprises non plus.

 

Le chantier de l’hôpital civil de Charleroi est un immense chantier où deux cents travailleurs sont occupés. Parmi eux, nombreux sont des illégaux souspayés. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

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Quelles solutions proposez-vous ?

Carlo Briscolini. Nous ne sommes pas contre la venue de ces travailleurs immigrés en Belgique. Mais ça doit se faire dans les règles.

De plus, il faut avoir une politique proactive pour mettre au travail les personnes en Belgique intéressées par le secteur de la construction. Ce qui est grave c’est qu’ils sont encore moins intéressés par la formation des jeunes maintenant.

Marc Moreau. Nous avons été à la réunion de la cellule d’arrondissement qui doit poursuivre ce type de fraude. Nous avons été chez l’auditeur du travail et nous avons été très mal accueillis. Pourtant nous avons beaucoup d’informations qui viennent des travailleurs et des syndicalistes.

Nous avons donc décidé de faire une initiative informelle avec les acteurs intéressés. Les services d’inspections, l’Onss, l’Onem et les partenaires sociaux. Pas les finances, pas le monde juridique non plus.

Nous voulons faire respecter le règlement des travailleurs en détachement. Et aller beaucoup plus loin en chassant les négriers. Ça a pris une nouvelle ampleur. Pour éviter le classement sans suite ou les enquêtes tardives.

Nous voulons mettre en évidence les mécanismes qui permettent à ces gens d’échapper au contrôle pour à l’avenir proposer des modifications de la loi. Nous voulons aussi mener des actions de sensibilisation vers les travailleurs et les entreprises. Nous voulons aussi avec le syndicat nous porter partie civile par rapport à certains dossiers.

 

Connaissez-vous d'autres exemples ?

Marc Moreau. Au-delà du respect de la convention collective de la construction, il y a aussi des gens qui sont extrêmement exploités. Par exemple, il y a une filière brésilienne du travail (des faux Portugais). Ils ont de faux papiers qu’ils arrivent à remplacer par de vrais papiers. Dès qu’ils arrivent ici, on leur confisque leurs papiers et on les fait travailler pendant six mois ou un an. On les fait dormir sur chantier.

En cas d’accident, ça devient vite dramatique. En construction, chaque travailleur a un accident tous les cinq ans. En cas de travail au noir sur un chantier, c’est de l’esclavage.

Carlo Briscolini. Je sais que les grosses entreprises d’ici ont formé des sociétés là-bas pour prospecter le marché. C’est le seul moyen d’avoir les travailleurs que l’on cherche. Une société de toiture avec une vingtaine d’homme avait obtenu un gros marché dans le cadre des logements sociaux. Ils ont fait venir en ligne directe une société polonaise en détachement de 50 personnes. Un sous-traitant plus gros que la société principale. Douteux comme arrangement !

Hebdomadaire du Parti de Travail de Belgique | bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles | 38e annee n° 6 (1689) du 13 février 2008

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20:49 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

06/02/2008

Les piscines, espèce en voie de disparition ?

Comme les gares, les bureaux de poste ou les GB, les piscines disparaissent-elles aussi du paysage ? En Flandre, les statistiques sont claires, en Wallonie, elles sont... inexistantes. Enquête.

Marco Van Hees
11-07-2007

Petit plongeon dans le Hainaut

Le manque de piscines touche à la fois la population, les écoles et les clubs sportifs.

« La piscine de Houdeng [commune de La Louvière], fermée depuis un an pour insalubrité, a également été réquisitionnée pour certains entraînements, remise à neuf moyennant 400 000 euros hors TVA pris en charge par Dragone et sera ensuite rendue à La Louvière pour que les habitants puissent à nouveau en profiter. »

Ces lignes de La Libre Belgique datent de septembre 2004. Franco Dragone, enfant du pays connu pour ses shows comme Décrocher la lune ou pour Céline Dion, répète à Houdeng un spectacle qu’il présentera à La Vegas. Les habitants sont heureux d’apprendre qu’ils pourront bientôt retourner dans leur piscine. Mais aujourd’hui, trois ans plus tard, ils attendent toujours.

À Braine-le-Comte, la piscine est fermée depuis 2002. Les habitants qui voulaient se rabattre sur la ville voisine, Soignies, doivent attendre la fin de travaux, prévus en juillet. Et la piscine sonégienne a besoin de travaux nettement plus importants, ce qui fait que les autorités de Soignies, Braine-le-Comte et Ecaussinnes envisagent la construction d’une piscine pour les trois communes.

« Les élèves du primaire ne vont plus à la piscine, certains du secondaire non plus. »

À Charleroi, la piscine Helios est fermée depuis avril. En cause ? « Les filtres n’ont pas été remplacés depuis des années, explique Germain Mugemangango, porte-parole du PTB carolo. On a constaté que la piscine était dans un très mauvais état. Elle sera donc fermée pour une très longue durée. Ce qui montre que la mauvaise gestion à Charleroi se fait aussi au détriment du sport, ou en tout cas de certains sports. » Conséquence, les Carolos doivent aller à Gilly ou Fleurus pour nager. Et pour les écoles, cela pose de sérieux problèmes.

Par contre, pour l’ancien bourgmestre carolo Van Cauwenberghe, ce serait plutôt un signe de bonne gestion. « Le système Van Cau tant décrié a quand même (...) fermé six piscines et deux crèches », déclare-t-il fièrement. Cette fierté a toutefois des limites : notre photographe n’a pu se rendre dans une piscine carolo : le collège a interdit tout accès de la presse aux infrastructures sportives.

à Mons, aussi, il n’y a plus de piscines que dans des localités périphériques de l’entité communale. Il y a au moins vingt ans que la piscine communale Lido n’existe plus, remplacée par un hôtel et... les locaux du PS. Quant à la piscine de l’Université Mons-Hainaut et celle de l’Athénée Jean Davesnes, elles ont aussi fermé leurs portes. Depuis 2001, Henriette Jungst, alors conseillère communale Ecolo, interpellait tous les six mois le bourgmestre Di Rupo et l’échevin du Sport Dupont. « Aujourd’hui, la situation est toujours la même, nous confie-t-elle. Les clubs sportifs ont dû aller ailleurs. Les élèves du primaire ne vont plus à la piscine, certains du secondaire non plus. »

Il y a toutefois le projet d’une grande piscine de délassement sur les bords du « Grand large », un plan d’eau situé à l’entrée de Mons. Les grandes piscines de ce genre ont la cote, actuellement. À La Louvière, une piscine de ce genre doit remplacer la vieille piscine communale. Et la grande piscine d’Enghien, très axée délassement, attire des visiteurs (motorisés) dans un large rayon. Mais l’optique est plutôt commerciale et aux « heures pleines », l’entrée est de six euros pour les plus de quinze ans. À ce tarif, mieux vaut ne pas avoir une famille de quatre enfants...

Les ministres jouent au water-polo

Pour avoir une vue globale sur l’évolution du nombre de piscines en Wallonie, nous contactons d’abord la fédération de natation. Celle-ci nous renvoie à l’Association des établissements sportifs, qui elle-même nous renvoie à Infrasport (Région wallonne). N’ayant toujours rien, nous contactons le cabinet du ministre des Sports, Claude Eerdekens (PS), où on nous explique que les piscines sont des infrastructures et dépendent donc du ministre Michel Daerden (PS). Quand tout le monde se renvoie la balle à la piscine, cela s’appelle du water-polo, non ?

Au cabinet Daerden, un responsable convient : « Je ne peux pas vous donner de chiffres comme ça. Je dois les demander. Mais je ne sais pas à qui. Et je ne sais d’ailleurs pas s’ils existent. » Il mentionne bien un cadastre des infrastructures sportives qui vient d’être mis sur internet, mais nous lui faisons remarquer que ce cadastre reprend des piscines fermées depuis des années. « En fait, ajoute-t-il, nous ne faisons qu’accorder des subsides qu’on nous demande. Les piscines appartiennent aux communes ou à d’autres acteurs, nous ne pouvons prendre de décisions à leur place. »

Nous lui faisons alors remarquer que, manifestement, il n’y a en Wallonie aucune vision ni politique globale en matière de piscines. Notre interlocuteur tempère : « Nous faisons tout de même des choix : entre la buvette d’un stade et une piscine, nous subsidierons en priorité la piscine. » Vu la réputation de Michel Daerden, cette affirmation fait figure de scoop. À défaut d’attester d’une réelle vision politique.

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Un peu partout, des gens se mouillent pour pouvoir nager

Nadia Moscufo, conseillère communale PTB, a participé à la lutte qui a permis la réouverture de la piscine à Herstal. (Photo Solidaire)

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Piscine fermée pour une durée indéterminée, fermée définitivement, privatisée... Dans plusieurs localités, les habitants luttent pour pouvoir (re)nager.

Nelly, 70 ans, va nager chaque mardi. Ou plutôt, allait nager chaque mardi... Evidemment, ce n’est pas à Braine-le-Château, la petite commune du Brabant wallon où elle vit, qu’elle peut espérer trouver une piscine.

N’ayant pas de voiture, Nelly est donc tributaire des transports en commun. La ligne de bus qui passe chez elle va de Tubize à Braine-l’Alleud. À Tubize, la piscine est fermée depuis 1999 (lire ci-contre). Et celle de Braine-l’Alleud, sur laquelle elle s’était rabattue, a fermé ses portes cette année. Pour une période indéterminée... En cause, des problèmes de sécurité.

Résultat : pour nager, il ne restait plus à Nelly que sa baignoire. Seul côté positif, cela lui a permis d’augmenter considérablement son nombre de longueurs... Heureusement, elle a finalement trouvé une connaissance avec laquelle elle se rend chaque semaine en voiture à la piscine de Nivelles.

Cas isolé ? Il semble que non. Un peu partout en Belgique, pas mal de piscines ont fermé ces dix ou vingt dernières années. Dernier exemple en date : le bourgmestre de Tervuren, Bruno Eulaerts (VLD), a décidé de fermer la piscine au public le 1er septembre. Seules les écoles et les associations y auraient encore accès. Fureur des habitants, qui n’ont pas tardé à lancer une pétition, une affiche et un site internet... trilingue, néerlandais-français-anglais (www.zwemtervuren.be).

À Tubize, un comité similaire fait aussi valoir le droit de nager, même si la piscine est fermée depuis 1999. À Herstal, à côté de Liège, la mobilisation a permis la réouverture de la piscine après deux ans de fermeture. « Elle avait été fermée pour réparation après un accident grave, indique Nadia Moscufo, conseillère communale PTB. Mais les travaux ne se faisaient pas. Le petit bassin a même été inaccessible pendant six ans. Une génération d’enfants du primaire n’a pu apprendre à nager, car les enseignants ne voulaient pas courir le risque d’aller dans le grand bassin. »

Flandre : un quart de piscines en moins sur dix ans

Certaines piscines sont également privatisées. C’est le cas à Crisnée, en province de Liège. La gestion était déjà privée depuis longtemps, mais en juin, le gestionnaire a également acquis le bâtiment. Cela nous permettra d’économiser 37 000 euros par an, plaident les autorités communales. Que les habitants repayeront vraisemblablement sous une autre forme...

À Jodoigne, en Brabant wallon, la commune a refilé la gestion de la piscine à la Communauté française pour les activités scolaires. Les soirs et week-end, une asbl prend le relais. Mais comme la chaudière ne fonctionne plus, l’eau est glacée et les nageurs se font rares. « Depuis, je montre les exercices en restant hors de l’eau », nous confie un prof d’aquagym.

Qu’en est-il globalement? Comme nous l’expliquons ci-contre, la Wallonie ne dispose pas de chiffres. En Flandre, le Bloso (équivalent de l’Adeps) a calculé en 2005 que le nombre de piscines ouvertes au public était passé de 486 à 359 sur dix ans1. Plus d’un quart ont donc disparu. Pire : un rapport de 2004 de l’institut flamand ISB indique que pour la Flandre et Bruxelles, il n’y a que 181 piscines appartenant aux pouvoirs publics. Cela fait une piscine publique pour 38 605 habitants. Dans la région bruxelloise, c’est même une piscine pour 55 113 habitants. Espérons qu’un jour, ils ne décident pas de s’y rendre tous en même temps...

1 De Standaard, 22-6-2005.

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Les cinq maux des piscines

1. De moins en moins de piscines

En Flandre, les statistiques l’attestent : un quart de piscines en moins ces dix dernières années. En Wallonie, pas de chiffres, mais la situation ne semble pas meilleure. Plusieurs projets de grandes piscines existent (Mons, La Louvière), mais il est difficile de dire s’ils combleront le manque. Par ailleurs, il ne faudrait pas que ces piscines deviennent des sortes d’Aqualibi gérés essentiellement selon une logique commerciale.

 

2. Des piscines souvent en mauvais état

Beaucoup de piscines sont en mauvais état. Comme dans le logement social, le manque d’entretien a fait qu’elles se sont progressivement délabrées. En Région wallonne, suite à un accident grave à Liège, les normes ont été renforcées, ce qui fait que plusieurs piscines ont dû fermer leurs portes, n’étant plus conformes. La Région wallonne intervient dans le financement des rénovations ou des constructions. Mais 25 ou 40 % de l’investissement restent à charge de la commune, selon qu’il s’agisse d’une petite ou d’une grande infrastructure sportive.

 

3. Des finances communales malmenées

« Les Golden sixties ont été l’âge d’or des piscines, nous dit-on au cabinet Daerden. Cette époque est révolue. Car les frais de fonctionnement d’une piscine sont très élevés. » C’est vrai que c’est cher. Mais l’était-ce moins dans le passé ? Or, la richesse produite a considérablement augmenté depuis.

Le problème, c’est l’état financier des communes, principales propriétaires des piscines (en Flandre, il y a 171 piscines communales sur 181 piscines appartenant aux pouvoirs publics). Et la dernière édition de l’enquête annuelle de Dexia, qui vient de sortir, indique que les finances communales continuent à se dégrader. En 2007, les recettes n’augmenteront que de 1,8 % (Wallonie), 1,9 % (Flandre) et 4,3 % (Bruxelles), alors que les dépenses ordinaires grimperont respectivement de 2,7 %, 3,5 % et 5,1 %. Le problème, c’est que les gouvernements font supporter de plus en plus de charges aux communes, sans leur donner les moyens en proportion.

 

4. Des prix d’entrée de plus en plus élevés

On constate déjà dans certaines piscines une tendance à demander des prix d’entrée de plus en plus élevés. C’est peut-être une façon de résoudre des difficultés budgétaires, mais certainement pas d’encourager la pratique de la natation. Le problème, c’est qu’il n’existe aucune réglementation fédérale ou régionale qui limiterait ces prix.

5. Des compétences trop morcelées

Piscines privées, communales, intercommunales, provinciales, communautaires, fédérales... Les gestionnaires ne manquent pas, mais y a-t-il un pilote dans la piscine ? Pas vraiment, si l’on se fie aux réactions des cabinets Eerdekens et Daerden (lire ci-contre). La partie de water-polo entre le ministre communautaire et le ministre régional montre que les structures institutionnelles du pays sont synonymes d’inefficacité (à supposer qu’il existe une volonté politique).

Pour résoudre le problème des piscines, ne faudrait-il pas qu’un seul ministre fédéral ait en mains toutes les clés du dossier et mène une politique volontariste et globale qui assurerait un nombre suffisant de piscines dans chaque coin du pays ? Ce qui, évidemment, impliquerait de dégager les moyens nécessaires et non de laisser reposer une grande partie des charges sur les communes.

 

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« Tu vas nager ? Où ça ? »

Tubize, petite commune du Brabant wallon compte 26 000 habitants, sept écoles à Tubize même et six autres dans l’entité... mais pas de piscine.

Jean Claude Piette, candidat PTB+ au Brabant wallon aux dernières élections, est infatigable. Dans sa voiture, nous parcourons la commune pour découvrir, sur pas mal de fenêtres, des petites affiches « Tu vas nager ? Où ça ? »

Un comité Piscine Tubize 2006 est à l’initiative de cette action. En route nous rencontrons Aurélie Clément, 23 ans, pédicure. « Cela fait huit ans que la piscine est fermée. À la place, on a mis une tribune pour le foot et une salle de réception. C’était vraiment très chouette, avant. Un solarium autour de la piscine, un grand toboggan menant dans l’eau... Les mamans venaient avec leurs enfants, leurs bébés. Les personnes âgées y venaient également. Les élèves des écoles doivent aller jusqu’à Enghien pour la natation. Mais pendant les vacances, comment peuvent-ils s’y rendre ? Chaque année, on nous promet une nouvelle piscine, mais rien ne vient... »

Le dernier bulletin d’information du comité donne l’historique de ces promesses. En juin 1999 déjà, le bourgmestre Langendries (cdH) avait promis : « Nous nagerons à Tubize dès juillet 2001. » À l’heure actuelle, il n’y a aucun projet, pas même un dossier à consulter. Alors que le budget communal 2007 mentionne un montant de... 50 000 euros (le prix d’une piscine se chiffre en millions d’euros). Une manière de faire taire la population ?

Monsieur Govanni a lui aussi collé sur la vitrine de sa pizzeria l’affiche exigeant une nouvelle piscine. « La seule chose qui compte, ici à Tubize, c'est le foot. C'était une très belle piscine, mes trois enfants y allaient tout le temps. » (Photo Solidaire, Riet Dhont)

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Monsieur Govanni a lui aussi collé une affiche sur la vitrine de sa pizzeria : « Pour avoir une nouvelle piscine, on doit changer de bourgmestre. La seule chose qui compte, ici à Tubize, c’est le foot. C’était une très belle piscine, mes trois enfants y allaient tout le temps. D’autres communes ont fait des propositions à Tubize pour une piscine commune, mais ces projets ont été refusés. »

La lutte pour rouvrir une piscine à Tubize est une bataille importante pour le PTB, estime Jean-Claude Piette. Pour lui, ce sera l’enjeu des prochaines élections régionales et communales. La population de Tubize semble prête à se mobiliser...

Riet Dhont

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10:40 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |